Minerai de fer : seize ans après Soalala, Madagascar mise sur le projet Bekisopa
Après l’échec du projet chinois de Soalala, Madagascar pourrait enfin franchir le cap de l’exploitation industrielle du minerai de fer. Porté par l’australien AKORA Resources, le projet Bekisopa dispose désormais d’un permis d’exploitation. Son développement reste toutefois conditionné à la mobilisation des financements et à la conclusion d’accords commerciaux.
De Soalala à Bekisopa, une ambition longtemps restée à l’état de projet
Le minerai de fer pourrait bientôt trouver sa place dans l’industrie minière malgache. Selon les informations rapportées par l’Agence Ecofin, la compagnie australienne AKORA Resources a engagé des discussions avec plusieurs partenaires internationaux, dont la Banque mondiale et l’Union européenne (UE), pour faire avancer son projet Bekisopa, dans le sud de Madagascar. Titulaire d’un permis d’exploitation délivré par les autorités malgaches en mars 2026, la société cherche désormais à réunir les conditions nécessaires à sa mise en œuvre. Cette nouvelle perspective intervient seize ans après un premier pari d’envergure sur le fer malgache. En 2010, le groupe chinois Wuhan Iron and Steel Company (WISCO), aujourd’hui intégré à China Baowu Steel Group, avait conclu un accord avec l’État pour développer le gisement de Soalala. Celui-ci était alors estimé à 360 millions de tonnes de ressources, avec une teneur moyenne de 35 % de fer.
L’accord prévoyait un versement de 100 millions de dollars à l’État malgache en contrepartie de l’attribution des droits d’exploration. Le développement du projet devait ensuite nécessiter environ 2 milliards de dollars d’investissements, notamment pour la mine et les infrastructures associées. Les premières exportations étaient envisagées à partir de 2014.
Malgré les travaux d’exploration engagés, le projet n’a cependant jamais atteint le stade de la décision finale d’investissement. En 2015, la Banque mondiale relevait déjà qu’il était toujours au stade de l’exploration. Selon le portail d’investissement de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) consacré à Madagascar, le permis d’exploitation de Soalala est actuellement en attente de renouvellement.
Bekisopa, un projet aux paramètres économiques déjà définis
Le potentiel ferrifère du pays ne se limite pas à ce gisement. Des campagnes d’exploration menées depuis le XXe siècle ont également permis d’identifier des ressources à Bekisopa, Betioky et Maralambo. Mais aucun de ces travaux n’a jusqu’ici débouché sur une production industrielle de minerai de fer.
Parmi les actifs documentés, Bekisopa concentre aujourd’hui les principales perspectives de développement. Présente sur le projet depuis 2014, AKORA Resources a progressivement fait évoluer cet actif d’exploration vers un gisement disposant de 194,7 millions de tonnes de ressources minérales inférées. Publiée en mars 2025, l’étude de préfaisabilité (PFS) de la compagnie retient toutefois des réserves exploitables de 9,1 millions de tonnes. Elle envisage une première phase de production de 2 millions de tonnes de minerai par an, sur une durée de six ans.
Sur cette base, AKORA estime le chiffre d’affaires cumulé à 789 millions de dollars, pour un investissement initial de 61 millions de dollars. Ces projections correspondent au scénario économique étudié par la compagnie et ne constituent pas des résultats acquis. Leur réalisation dépendra notamment de la capacité du projet à franchir les étapes techniques et financières restantes.
Financement et débouchés, les deux conditions du passage à l’exploitation
L’obtention du permis d’exploitation en mars 2026 constitue une avancée réglementaire importante. Elle ne signifie toutefois pas que la construction de la mine peut commencer. AKORA doit encore optimiser les paramètres du projet, sécuriser les capitaux nécessaires et trouver des acheteurs pour sa future production. Ces questions figuraient au cœur des discussions engagées avec les partenaires internationaux. La compagnie prévoit notamment de poursuivre ses échanges avec la Société financière internationale (SFI), branche du Groupe de la Banque mondiale consacrée au financement du secteur privé, afin d’étudier les possibilités de financement et une éventuelle coopération sur les infrastructures.
L’issue de ces démarches pourrait déterminer le calendrier du projet. Dans son étude de préfaisabilité, AKORA envisageait une décision finale d’investissement à la mi-2026 et une première expédition au troisième trimestre 2027. Ces échéances devront être réévaluées au regard de l’avancement des négociations, soit une baisse de 13,79 % sur un an. Cette évolution intervient dans un contexte de demande chinoise toujours peu dynamique et d’arrivée de nouvelles capacités d’approvisionnement sur le marché mondial, rapporte l'agence Ecofin.
Pour Madagascar, Bekisopa représente une nouvelle tentative de transformer un potentiel géologique identifié depuis plusieurs décennies en activité industrielle. Mais, au-delà de ce projet, la capacité à attirer des investisseurs vers les autres gisements connus sera déterminante pour donner une véritable dimension à la filière ferrifère nationale.





