Pêche : Qui exploitera les ressources halieutiques de Madagascar après juin 2027 ?
L'accord de pêche entre Madagascar et l'Union européenne arrive à expiration le 30 juin 2027. Alors que les négociations sur son renouvellement se profilent, le gouvernement malgache multiplie les démarches pour attirer de nouveaux investisseurs et diversifier ses partenariats économiques. Cette orientation soulève la question des futures conditions d'exploitation des ressources halieutiques nationales et des retombées pour l'économie locale.
Du 25 au 27 octobre 2026, Madagascar a participé au Forum mondial de l'investissement organisé par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), à Doha, au Qatar. À cette occasion, le Premier ministre, Mamitiana Jeannot Ruffin Rajaonarison, a lancé un appel aux investisseurs internationaux : « Faisons-nous confiance mutuellement. Choisissez Madagascar. » Les discussions ont notamment porté sur les investissements dans l'énergie, la transformation locale des ressources naturelles et le développement industriel. En marge du forum, le chef du gouvernement a rencontré des investisseurs indonésiens afin d'examiner les possibilités de coopération économique et d'accès aux marchés internationaux.
Avec les responsables de la CNUCED, les échanges ont également concerné la lutte contre l'exploitation et l'exportation illicite des ressources minières, la transparence dans leur gestion et la création éventuelle d'unités de raffinage et de transformation à Madagascar. Cette démarche s'inscrit dans une volonté de diversification des partenariats économiques. Elle intervient alors que le pays doit également rediscuter les conditions d'accès à ses ressources halieutiques avec l'un de ses partenaires actuels, l'Union européenne.
1,8 million d'euros pour l'accès aux ressources
Repris en juillet 2023 après plusieurs années d'interruption, l'accord de pêche autorise 65 navires européens à exploiter les ressources de la zone économique exclusive malgache. Le protocole prévoit un tonnage de référence de 14 000 tonnes par an. En contrepartie, l'Union européenne verse une contribution annuelle de 1,8 million d'euros, dont 700 000 euros au titre des droits d'accès et 1,1 million d'euros destinés au soutien de la politique nationale de pêche durable. Cependant, les possibilités de pêche autorisées ne sont pas entièrement utilisées. Dans son évaluation publiée le 10 septembre 2026, la Commission européenne indique que leur taux moyen d'utilisation s'est établi à 48 % en 2024 et 2025.
Selon cette même évaluation, l'accord a soutenu en moyenne 89 emplois équivalents temps plein par an à bord des navires européens en 2024 et 2025. Parmi eux, 14 étaient occupés par des ressortissants malgaches, 35 par des ressortissants de l'Union européenne et 40 par des personnes d'autres nationalités. Les activités connexes, notamment la commercialisation et la transformation des captures, représentent environ 375 emplois équivalents temps plein. À Antsiranana, les femmes occupent 54 % des emplois dans les conserveries de thon.
2027, une échéance pour redéfinir le partenariat
Par ailleurs, la pêche artisanale constitue un volet important de la filière. Selon la FAO, environ 242 000 personnes étaient directement impliquées dans cette activité en 2022, réparties dans près de 2 500 villages de pêcheurs. La production déclarée atteignait environ 90 000 tonnes. Les femmes représentaient 57 % des personnes engagées dans les activités après capture et 21 % des personnes impliquées dans les activités de pêche.
Dans son évaluation de septembre 2026, la Commission européenne recommande l'ouverture de négociations en vue d'un nouvel accord. Elle relève notamment la sous-utilisation des possibilités de pêche et identifie plusieurs points à examiner : les conditions sociales des marins embarqués, le soutien aux communautés côtières et le renforcement des moyens de contrôle. Le protocole actuel prendra fin le 30 juin 2027. Les prochaines discussions devront déterminer les futures conditions d'accès aux ressources halieutiques malgaches, les contributions financières et les modalités de soutien au secteur national.





