L’éternel défi du riz : les consommateurs gagnent en pouvoir d’achat, les producteurs perdent des revenus
La diminution des prix du riz local en 2026 améliore le pouvoir d’achat des consommateurs urbains, mais complique l’écoulement des récoltes et peut réduire les revenus des producteurs. Alors que les importations ont dépassé 800 000 tonnes en 2025, Madagascar doit encore concilier accessibilité du riz, rentabilité de la riziculture et sécurité alimentaire.
Les ménages urbains profitent du recul des prix
À Madagascar, une baisse du prix du riz se répercute directement sur le budget des ménages qui achètent l’essentiel de leur alimentation. Entre janvier et juillet 2026, les prix du riz local ont diminué jusqu’à 25 %, selon la FAO. Ceux du riz importé ont reculé de moins de 10 % en moyenne sur la même période. Cette évolution représente un soulagement pour les consommateurs, particulièrement en milieu urbain, où les familles dépendent largement des marchés pour se procurer leur nourriture. Selon FEWS NET, les prix du riz relevés sur cinq marchés urbains à la fin de mai 2026 variaient entre 1 650 et 2 590 ariary le kilo, soit environ 37 % de moins qu’en mai 2025 et 17 % sous la moyenne quinquennale du mois.
Pour une famille qui achète 30 kilos de riz par mois, une diminution de 500 ariary par kilo représente une économie de 15 000 ariary mensuels, soit 90 000 ariary sur six mois si la baisse se maintient. Cette somme peut contribuer aux dépenses de transport, de santé ou de scolarité. Le gain reste toutefois limité par l’évolution des autres prix : en mai 2026, l’inflation annuelle atteignait encore 8,7 %, selon FEWS NET.
Des difficultés commerciales
Le revers de cette amélioration concerne les agriculteurs qui vendent davantage de riz qu’ils n’en achètent pour leur propre consommation. Pour ces producteurs vendeurs nets, la baisse du prix de vente peut réduire les recettes sans entraîner une diminution équivalente des dépenses engagées pour cultiver leurs parcelles. Un agriculteur qui commercialise une tonne de paddy à un prix inférieur de 100 ariary par kilo perd ainsi 100 000 ariary de recettes brutes. Cette différence ne correspond pas nécessairement à une perte de bénéfice du même montant : celui-ci dépend également des rendements, des coûts des intrants, de la main-d’œuvre, du transport et des quantités vendues. Mais lorsque les charges restent élevées, la baisse des prix peut réduire fortement la rémunération du travail agricole.
Cette difficulté apparaît dans les données de la branche nationale communiquées par l’Autorité nationale chargée des mesures correctives commerciales (ANMCC) à l’Organisation mondiale du commerce. Entre 2023 et 2025, sa production a diminué de 25,6 % et ses ventes de 25,4 %. Sa part de marché est passée de 84 % à 67 %, tandis que le taux d’utilisation de ses capacités de production a reculé de 35 % à 24 %.
Ces chiffres ne permettent pas d’attribuer l’ensemble de cette dégradation aux importations. Les conditions climatiques, le coût de production, l’accès au financement et les difficultés commerciales peuvent aussi intervenir. Une enquête de sauvegarde ouverte par l’ANMCC le 31 août 2026 doit précisément examiner l’existence éventuelle d’un dommage grave lié à la progression des importations.
Difficultés d’écoulement dans l’Alaotra-Mangoro
Le paradoxe est d’autant plus marqué que le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire (MiASA) annonce une reprise de la production nationale en 2026, avec environ 5,17 millions de tonnes de paddy sur 1,828 million d’hectares. La FAO confirme une amélioration par rapport au niveau réduit de 2025, tout en estimant que la production devrait rester inférieure à la moyenne des cinq dernières années.
Or, produire davantage ne garantit ni une hausse des revenus agricoles ni une diminution durable des importations. Encore faut-il que les récoltes soient effectivement commercialisables, que les coûts de transformation restent maîtrisés et que les producteurs trouvent des acheteurs à des prix rémunérateurs. Les difficultés d’écoulement rencontrées dans l’Alaotra-Mangoro illustrent ce problème. En 2026, les stocks de paddy des agriculteurs dépassaient 40 000 tonnes, selon les informations disponibles, alors que les producteurs peinaient à vendre leur récolte. La State Procurement of Madagascar (SPM) intervenait par des achats de paddy pour contribuer à réguler le marché.
Lorsqu’un agriculteur doit vendre rapidement pour rembourser un emprunt ou financer la campagne suivante, sa capacité à négocier le prix est limitée. Le stockage peut lui permettre d’attendre de meilleures conditions commerciales, mais nécessite des infrastructures adaptées, des financements et des débouchés fiables. Sans ces moyens, conserver la récolte comporte des risques de détérioration et immobilise des ressources indispensables à l’exploitation. La réduction des pertes après récolte constitue également un levier. Celles-ci étaient estimées à environ 15 % dans les données présentées par le ministère en mars 2026. Une amélioration du séchage, de la conservation et de la transformation pourrait augmenter les volumes effectivement commercialisés sans nécessiter une extension équivalente des surfaces cultivées.
Les importations, un recours coûteux pour le pays
Les difficultés de la filière nationale s’inscrivent dans un contexte de forte dépendance aux achats extérieurs. Selon les données douanières compilées en février 2026, les quantités de riz importées et mises à la consommation sont passées de 262 002 tonnes en 2024 à 800 812 tonnes en 2025, soit une hausse de 205,7 %. La facture correspondante a atteint 1 626,7 milliards d’ariary.
La mauvaise récolte de 2024 et la baisse du prix moyen du riz importé, favorisée notamment par le retour des exportations indiennes sur le marché mondial, ont contribué à cette évolution, selon les éléments rapportés par la Banque centrale. Les importations permettent de répondre aux besoins lorsque la production nationale est insuffisante. Mais elles exposent également le pays aux fluctuations des cours internationaux, aux coûts de transport et aux variations du taux de change. La hausse des importations ne signifie pas, à elle seule, que les producteurs malgaches pourraient couvrir immédiatement tous les besoins du marché. Elle souligne néanmoins les difficultés à stabiliser l’approvisionnement en s’appuyant davantage sur la production nationale.
Concilier les intérêts des consommateurs et ceux des producteurs
Les décisions fiscales prises en 2026 illustrent la difficulté de concilier les intérêts des consommateurs et ceux des producteurs. Un droit de douane de 20 % a été appliqué au riz importé à partir du 17 juillet, avec une taxe additionnelle de 5 % sur le riz de luxe. Le 19 août, le Conseil des ministres a décidé de suspendre temporairement les droits de douane et taxes appliqués au riz importé afin de sécuriser l’approvisionnement.
Une taxation des importations peut contribuer à protéger la production locale, mais son effet dépend notamment de la manière dont les opérateurs répercutent les coûts sur les prix de détail. À l’inverse, une suspension fiscale peut faciliter l’approvisionnement et limiter les tensions sur les prix, sans garantir que les producteurs nationaux retrouveront des débouchés suffisants.
Le programme PAPRIZ 4, lancé le 1er septembre 2026 avec l’appui de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), vise notamment à améliorer la qualité du riz, les compétences commerciales des organisations de producteurs et la gestion des infrastructures hydro-agricoles. Ses résultats devront être appréciés à travers l’évolution des rendements, des coûts de production, des pertes après récolte et des revenus nets des agriculteurs. L’enjeu dépasse toutefois la seule filière agricole. Selon la FAO, 3,72 millions de personnes pourraient se trouver en situation d’insécurité alimentaire aiguë de niveau Crise ou pire entre octobre 2026 et février 2027. La disponibilité du riz ne suffit donc pas : encore faut-il que les ménages disposent des revenus nécessaires pour l’acheter.





