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Economie

Exportation d’or : renforcer les contrôles pour mieux rapatrier les devises à Madagascar

21/10/2026 11:33 © Moov.Mg

Le président de la Refondation de la République de Madagascar, Michaël Randrianirina, dénonce les failles des contrôles à l’aéroport international d’Ivato et les soupçons de corruption dans les services concernés. Il estime que la déclaration légale de 100 tonnes d’or exportées chaque année vers Dubaï pourrait représenter 10 milliards de dollars de recettes. Le rapatriement effectif de ces fonds reste toutefois à établir.

Des failles des contrôles à Ivato

Le contrôle des exportations d’or et le rapatriement des devises sont revenus au centre des déclarations du président Michaël Randrianirina. Lors d’une conférence de presse tenue le 20 octobre 2026 à l’aéroport international d’Ivato, le chef de l’État a dénoncé les défaillances du dispositif de surveillance et les pratiques qui, selon lui, faciliteraient les sorties clandestines de marchandises. « Les aéroports sont des passoires », a-t-il déclaré, en évoquant des personnes qui bénéficieraient d’un traitement particulier et échapperaient aux contrôles. Il a également fait état de soupçons concernant l’existence de réseaux de trafic au sein des services chargés du contrôle et du renseignement. Selon ses déclarations, certains informateurs hésiteraient à témoigner par crainte de représailles.

Le président de la Refondation a aussi évoqué des tensions entre certains agents des Douanes et des éléments chargés de surveiller les opérations à l’aéroport. Selon lui, des agents s’opposeraient à ces interventions. Il a annoncé des changements au sein des équipes concernées, notamment dans les services douaniers et ceux chargés du contrôle des passagers. Ces accusations restent à établir. Des enquêtes devront permettre de vérifier les faits, de déterminer les éventuelles responsabilités et de préciser les suites qui pourraient leur être données.

Des soupçons de corruption après une saisie d’or

Les inquiétudes exprimées par le colonel Michaël Randrianirina font écho à une saisie survenue le 13 septembre 2026 à Ivato. Quatre lingots d’or, d’un poids initialement annoncé de 5,75 kg, avaient été découverts dans la valise d’une passagère. La cargaison était destinée à quitter clandestinement le territoire et avait déjà été chargée à bord d’un avion sur le point de décoller, selon les informations publiées à l’époque. Le poids enregistré ultérieurement par l’Agence de recouvrement des avoirs illicites était de 5,678 kg.

Huit personnes ont été placées en détention préventive dans le cadre de cette affaire, dont cinq agents des Douanes, deux agents de sécurité aéroportuaire et la femme soupçonnée d’avoir transporté les lingots. À la suite de cette saisie, le président de la Refondation avait affirmé qu’un réseau faisait sortir de l’or du pays environ deux fois par semaine. Les informations publiées ne fournissent toutefois pas de données permettant de confirmer l’ampleur de ces opérations. Les investigations devront notamment établir si des complicités ont existé et comment les contrôles ont pu être contournés.

10 milliards de dollars potentiels, selon le président

Lors de sa conférence de presse du 20 octobre, Michaël Randrianirina a de nouveau abordé les exportations clandestines d’or sous l’angle de leurs conséquences économiques. Il estime que la déclaration légale des volumes exportés permettrait à Madagascar de mieux récupérer les recettes issues de la vente de ce métal précieux. Le 16 octobre, lors d’une rencontre organisée par le bureau central de l’Église réformée FJKM à Ampandrana, il avait avancé un chiffre de 10 milliards de dollars par an, en référence à 100 tonnes d’or exportées annuellement vers Dubaï.

Le président a également évoqué une saisie de 13 kg d’or pour laquelle les documents présentés n’auraient mentionné qu’un kilogramme. Ces déclarations soulèvent la question de l’écart éventuel entre les quantités réellement transportées, celles inscrites dans les documents officiels et les recettes effectivement transférées à Madagascar. Le montant de 10 milliards de dollars demeure une estimation avancée par le chef de l’État. Son évaluation nécessite notamment de préciser la valeur des volumes concernés et la part des recettes qui pourrait effectivement être rapatriée dans le pays.

Le guichet unique devra faire ses preuves

Pour mieux encadrer les exportations, le ministère des Mines a mis en place un guichet unique à Ivato. Les exportations légales d’or ont repris le 21 septembre 2026, avec les premières procédures officielles réalisées par deux entreprises agréées. Trois pièces d’or, représentant environ 2,60 kg, avaient alors été prises en charge dans ce circuit. Le dispositif réunit plusieurs services intervenant dans les opérations d’exportation, dont le ministère des Mines, les Douanes, le Trésor et les structures chargées des vérifications. Les entreprises agréées doivent notamment s’engager à rapatrier leurs recettes en devises auprès de la Banque centrale de Madagascar.

Ce mécanisme vise à améliorer la traçabilité de l’or, à encadrer les formalités et à limiter les sorties clandestines. Sa mise en place ne suffit cependant pas à démontrer que les trafics ont diminué ou que les recettes en devises ont augmenté. Ces résultats devront être évalués à partir de données comparables et publiées, notamment sur les quantités exportées, les déclarations effectuées et les montants effectivement rapatriés.

Lutte contre les sorties clandestines d’or

Les déclarations du président Randrianirina replacent ainsi l’efficacité des contrôles au cœur du dispositif. La régularisation des exportations ne pourra produire les effets attendus si les quantités déclarées ne correspondent pas aux cargaisons transportées, si les contrôles restent contournables ou si les irrégularités ne donnent pas lieu à des enquêtes abouties.

Le président de la Refondation de Madagascar fait du rapatriement des recettes d’exportation un enjeu économique majeur de la lutte contre les sorties clandestines d’or. L’ampleur des gains annoncés dépendra toutefois des volumes réellement exportés, du respect des obligations de transfert des recettes et de l’efficacité des contrôles. La publication de données sur les quantités déclarées et les montants effectivement rapatriés permettra d’évaluer les résultats du dispositif.

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