Réduction de l’aide américaine : Madagascar pourrait perdre 39 % de ses agents de santé communautaires
Madagascar figure parmi les 18 pays qui devraient subir les plus fortes réductions du financement américain consacré à la santé d’ici 2030. Selon une analyse de l’organisation Public Citizen, le pays pourrait connaître une baisse de 77 % de ces financements par rapport aux niveaux antérieurs à 2025. Une diminution qui pourrait notamment affecter les effectifs des agents de santé communautaires.
Une forte baisse en perspective
Le soutien américain au secteur de la santé devrait fortement diminuer dans les prochaines années. D’après une analyse de Public Citizen portant sur les accords bilatéraux conclus par les États-Unis avec 18 pays, le financement américain de la santé devrait reculer de 59 % en moyenne d’ici 2030, par rapport aux niveaux d’avant 2025. Madagascar se trouve parmi les pays les plus concernés. Avec une réduction annoncée de 77 %, le pays se classe au quatrième rang des plus fortes baisses, derrière le Rwanda (-97 %), le Liberia (-84 %) et le Burundi (-78 %). La Sierra Leone complète le groupe de tête avec une diminution de 71 %.
Selon Public Citizen, l'ensemble de ces réductions représente environ 2 milliards de dollars de financement américain de la santé en moins pour les 18 pays concernés. Ces diminutions s'inscrivent dans le cadre de la stratégie mondiale de santé « America First », adoptée par l'administration américaine en 2025. Les accords bilatéraux conclus avec les pays concernés visent notamment à réduire leur dépendance à l'aide américaine d'ici 2030.
Les pays appelés à cofinancer davantage
En contrepartie de la réduction progressive de son soutien, Washington demande aux pays bénéficiaires de prendre d'importants engagements de cofinancement. Ces financements doivent provenir directement des ressources mobilisées par les États concernés et ne peuvent pas, selon les accords analysés, être constitués de fonds provenant d'autres donateurs ou d'organisations multilatérales. Public Citizen estime toutefois que ces engagements pourraient être difficiles à respecter pour plusieurs pays. Dans 11 des 18 États étudiés, le cofinancement prévu ne suffirait d'ailleurs pas à compenser les réductions américaines sur cinq ans par rapport au niveau de financement public d'avant 2025.
L'une des principales inquiétudes concerne les ressources humaines dans le secteur de la santé. Public Citizen estime que sept pays africains, dont Madagascar, pourraient connaître une pénurie de personnel de santé d'ici 2030 en raison de la diminution des engagements américains et de leurs partenaires. À Madagascar, la réduction du financement américain pourrait entraîner la perte de 8 200 agents de santé communautaires, soit environ 39 % de l'effectif total de cette catégorie, selon l'analyse.
Des interrogations sur la santé mondiale
Cette perspective intervient alors que l'Afrique ne disposerait actuellement que de 46 % des professionnels de santé nécessaires à ses besoins. Public Citizen estime que le continent pourrait faire face à un déficit de 5,85 millions de travailleurs de santé d'ici 2030. Les accords prévoient également que les pays investissent dans certaines activités considérées comme prioritaires par les États-Unis. Il s'agit notamment du renforcement des capacités de détection des épidémies, qui nécessite des épidémiologistes et des agents chargés de la collecte des données. Or, ces choix ne correspondent pas forcément aux priorités nationales, relève Public Citizen. Certains pays pourraient, par exemple, privilégier le recrutement de personnel médical pour répondre aux besoins immédiats de leurs populations.
Les États-Unis se réservent, par ailleurs, la possibilité de réduire ou de suspendre leur financement en cas de non-respect des engagements de cofinancement. Pour Madagascar, le protocole analysé ne précise toutefois pas de mécanisme de pénalité en cas de manquement. Public Citizen s'inquiète également des dispositions relatives au partage des données et des échantillons liés aux agents pathogènes. L'organisation estime que ces accords, dont certaines annexes sont peu diffusées, rendent difficile l'évaluation complète des conditions finales. Pour l'organisation américaine, la baisse des financements risque ainsi d'affaiblir les systèmes de santé de plusieurs pays et de compliquer leur capacité à répondre aux crises sanitaires.




