Madagascar face au Super El Niño : Action contre la Faim réclame des financements pour anticiper la crise
Les prévisions climatiques annonçant un épisode de Super El Niño d'une intensité très forte en 2026 ravivent les inquiétudes à Madagascar. Alors que le Sud fait déjà face à un important déficit de pluies et que la côte Est pourrait connaître une saison cyclonique plus intense, Action contre la Faim (ACF) appelle à renforcer les financements consacrés à l'anticipation des crises, estimant qu'agir avant la catastrophe permettrait de limiter les conséquences humaines et économiques.
Des risques climatiques déjà visibles à Madagascar
Les dernières analyses de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), publiées le 9 juillet et confirmées par plusieurs modèles climatiques internationaux, prévoient un phénomène El Niño particulièrement intense cette année. Pour Action contre la Faim, ces prévisions constituent un avertissement, d'autant que les effets du phénomène sont déjà perceptibles dans plusieurs régions du monde.
À Madagascar, la situation est particulièrement préoccupante. Selon l'organisation humanitaire, le Sud enregistre déjà un déficit pluviométrique de plus de 300 millimètres sur les 90 derniers jours. Cette insuffisance de précipitations accentue les risques de sécheresse, compromet les productions agricoles et pourrait aggraver l'insécurité alimentaire des populations les plus vulnérables. Dans le même temps, la façade Est du pays est exposée à un risque cyclonique accru. Cette menace est renforcée par un dipôle positif de l'océan Indien, un phénomène climatique susceptible d'intensifier les tempêtes et les épisodes de fortes pluies.
Miser sur l'anticipation plutôt que sur la réaction
Face à ces perspectives, Action contre la Faim estime que la priorité doit être donnée à la préparation plutôt qu'à une intervention après la survenue des catastrophes. « Nous savons qu'El Niño arrive. Nous savons où les populations seront les plus exposées aux risques », souligne Rowan Cody, Directrice déléguée Préparation et Réponse aux urgences de l'organisation. Selon elle, attendre que la crise éclate avant d'intervenir entraîne un coût humain et économique beaucoup plus élevé. Dans cette optique, ACF renforce les dispositifs d'anticipation dans les pays où elle intervient. L'organisation met notamment en œuvre des plans de contingence, améliore les systèmes d'alerte précoce, développe les capacités des acteurs locaux et coordonne ses actions avec les autorités nationales.
L'organisation prépare également des réponses adaptées aux différents risques climatiques. Dans les zones exposées aux cyclones et aux inondations, des kits d'eau, d'hygiène et d'assainissement ainsi que des kits non alimentaires sont prépositionnés afin de répondre rapidement aux besoins des populations sinistrées et de réduire les risques de maladies liées à l'eau. Dans les régions menacées par une sécheresse prolongée, les mesures portent notamment sur le stockage d'aliments thérapeutiques destinés au traitement de la malnutrition aiguë sévère, le renforcement de la surveillance nutritionnelle et l'accompagnement des communautés pour préserver leurs moyens de subsistance avant que la situation ne se dégrade.
Revoir les priorités du financement humanitaire
Pour Action contre la Faim, ces efforts restent toutefois limités par les modes actuels de financement, encore largement concentrés sur les interventions d'urgence après les catastrophes. L'organisation plaide ainsi pour une augmentation des financements « flexibles et prévisibles » consacrés à l'anticipation et à la préparation des crises climatiques, tout en maintenant les ressources destinées à l'adaptation au changement climatique.
Avec la multiplication des aléas météorologiques liée au réchauffement climatique, ACF estime que la question n'est plus de savoir si une intervention sera nécessaire, mais de mobiliser suffisamment tôt les moyens permettant d'éviter qu'un choc climatique annoncé ne se transforme en catastrophe humanitaire.




