Journée mondiale de l’eau : l’eau des foyers malgaches largement contaminée par des matières fécales
À la veille du 22 mars, journée internationale dédiée à l’eau, les résultats de l'enquête nationale MICS 2024-2025 tirent la sonnette d'alarme. À Madagascar, la qualité de l'eau de boisson reste un défi majeur, avec 90 % des ménages exposés à une contamination fécale sévère, compromettant la santé des plus vulnérables.
De l’eau vectrice de maladies graves
Les données les plus récentes issues de l'enquête MICS 2024-2025 (MICS 7), révèlent une situation critique pour la Grande Île. Alors que l’accès à l’eau potable est un droit fondamental inscrit dans les Objectifs de Développement Durable pour 2030, la réalité du terrain montre un fossé persistant. Selon l’INSTAT et l’UNICEF, seulement 39,3 % de la population malgache accède à un service d’eau de base, c'est-à-dire un point d'eau situé à moins de 30 minutes de trajet aller-retour. Plus inquiétant encore, l’accès direct à une source améliorée sur le lieu de résidence ne concerne que 15,6 % des foyers, laissant la grande majorité des familles dans une précarité hydrique quotidienne.
L'indicateur le plus frappant de cette étude concerne la qualité microbiologique de l'eau. Neuf ménages sur dix consomment une eau contaminée par la bactérie Escherichia coli, plus communément appelée E. Coli. Cette bactérie, naturellement présente dans les intestins des humains et des animaux, est le signe indiscutable d'une contamination par des matières fécales. Lorsqu'elle se retrouve dans le verre d'eau d'un enfant, elle devient le vecteur de maladies graves telles que la diarrhée sévère, le choléra ou des infections parasitaires. Pour les jeunes enfants de moins de cinq ans, cette exposition répétée affaiblit l'organisme, provoque la malnutrition et peut, dans les cas les plus tragiques, conduire au décès.
Une hygiène précaire
La contamination de l'eau est aggravée par des pratiques d'hygiène encore trop peu répandues, faute d'infrastructures. L'enquête MICS 2024-2025 souligne que seuls 12,5 % des Malgaches disposent d'un endroit dédié au lavage des mains équipé à la fois d'eau et de savon. Cette vulnérabilité sanitaire est exacerbée par le contexte climatique du pays. Le passage récent du cyclone Gezani à Toamasina a illustré la fragilité des réseaux : chaque catastrophe naturelle détruit des installations et pollue les nappes phréatiques. Avec des dégâts annuels moyens estimés à 85 millions de dollars par l'UNICEF, les infrastructures essentielles peinent à se maintenir, impactant directement l'éducation des enfants, notamment dans les zones reculées comme l'Atsimo Andrefana où moins d'un quart des écoles disposent d'un accès à l'eau de base.
La crise de l’eau, une crise sociale
Pour cette célébration de 2026, le thème « L’eau, source d’égalité » rappelle que la crise de l’eau est aussi une crise sociale. En l’absence de robinets à proximité, ce sont les femmes et les filles qui assument la lourde tâche de la collecte. Cette corvée quotidienne les éloigne des bancs de l'école et des opportunités économiques, tout en dégradant leur santé physique. Transformer la gestion de l'eau à Madagascar ne consiste pas seulement à creuser des puits, mais à garantir une ressource saine pour réduire les inégalités. En plaçant l'assainissement et la potabilité au centre des priorités nationales, Madagascar pourrait protéger sa jeunesse et assurer un avenir où l'eau est enfin un moteur de prospérité plutôt qu'une menace pour la survie.




