• Cours de change
  • 4 399,93 AR
  • |
  • $3 987,83 AR
Copyright Image : © Mnp
Image
Nationale

Conservation des forêts de Madagascar : le tourisme protège les parcs, mais fragilise leurs périphéries

19/03/2026 16:43 © Moov.Mg

À Madagascar, le tourisme contribue à préserver certaines forêts situées dans les aires protégées. Mais selon une récente étude, cet effet positif s’accompagne d’un déplacement de la déforestation vers les zones périphériques, soulevant de nouveaux défis pour la conservation.

Les forêts à l’intérieur des aires protégées préservées

Madagascar est reconnu comme un haut lieu de la biodiversité mondiale, avec une faune et une flore uniques, dont une centaine d’espèces de lémuriens et plusieurs espèces de baobabs endémiques. Dans ce contexte, le développement du tourisme, notamment dans des sites comme le parc national d’Analamazaotra-Mantadia, a été érigé en priorité nationale. L’objectif est double : financer la conservation des aires protégées et soutenir l’économie. À l’échelle nationale, les recettes touristiques représentent environ 16,6 % du produit intérieur brut (PIB), tandis que le secteur pèse près de 10 % de l’économie mondiale. Ces revenus sont également censés contribuer à la création d’emplois et à la réduction de la pauvreté, dans un pays où environ 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté international.

Une étude menée par des chercheurs des universités de Toronto, Rice et Duke s’est penchée sur l’impact du tourisme dans 40 aires protégées de Madagascar. En s’appuyant sur 20 ans de données satellitaires et de fréquentation touristique, les chercheurs ont analysé l’évolution de la couverture forestière. Leur constat est nuancé : l’augmentation du nombre de visiteurs n’a pas entraîné de perte significative de forêts à l’intérieur des aires protégées.

Déforestation dans les zones tampons

Ces espaces semblent donc bénéficier directement des efforts de conservation soutenus par les revenus du tourisme. Ce résultat est d’autant plus important que les forêts naturelles malgaches abritent une biodiversité exceptionnelle, dont dépend près de 88 % des espèces terrestres du pays. Pourtant, après des décennies de déforestation, seules 10 à 15 % des forêts naturelles subsistent aujourd’hui. En revanche, l’étude met en évidence un phénomène préoccupant : la déforestation s’intensifie dans les zones tampons entourant les aires protégées, généralement sur une bande de trois kilomètres.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’une part, certaines activités comme l’agriculture, l’élevage ou l’exploitation du bois y sont autorisées. Les populations locales, contraintes de quitter les aires protégées, déplaceraient ainsi leurs activités vers ces zones périphériques. D’autre part, le développement du tourisme entraîne l’installation d’infrastructures, notamment des hôtels et des restaurants, ainsi que l’expansion de villages à proximité des sites touristiques, contribuant à la déforestation.

Concilier conservation et besoins des populations

Les chercheurs soulignent que ce déplacement de la déforestation ne remet pas immédiatement en cause l’intégrité des aires protégées. Toutefois, la dégradation des zones tampons pourrait, à terme, pousser les populations à exploiter à nouveau les ressources à l’intérieur des parcs. Face à ce constat, plusieurs recommandations sont avancées. Les zones tampons devraient devenir une priorité du programme national de reboisement. Il est également proposé de mieux encadrer les activités agricoles et forestières, de promouvoir des pratiques durables et de développer des sources de revenus alternatives pour les communautés locales.

Par ailleurs, l’implication des populations dans la gestion des ressources apparaît essentielle pour garantir l’efficacité et la pérennité des actions entreprises. Si le tourisme contribue à la préservation des forêts dans les aires protégées, il ne constitue pas une solution suffisante à lui seul. La gestion durable des zones périphériques s’impose comme un enjeu central pour concilier conservation de la biodiversité et besoins des populations locales.

Lire la suite

Articles Similaires