Guinée: à Conakry, des décharges à ciel ouvert menacent la santé des populations
Sur l'autoroute Fidel Castro et la route Le Prince, les deux grandes artères de la capitale guinéenne Conakry, le spectacle est accablant: des montagnes de sacs d'ordures bordent la chaussée, envahissant les trottoirs. Des liquides noirâtres, mêlés aux eaux stagnantes, s'en écoulent jusqu'au milieu de la route.
L'odeur est pestilentielle, si âcre qu'elle rend l'air presque irrespirable. Au-dessus des tas, des nuées de mouches bourdonnent.
Ces dépôts sauvages sont une menace pour la santé des habitants, pouvant favoriser l'apparition de maux comme le choléra.
Cette situation découle de la fermeture de la gigantesque décharge de la ville, celle de Dar-es-Salam. Dans la nuit du 22 au 23 août, un éboulement de la décharge provoqué par de fortes pluies, qui avait emporté des habitations précaires riveraines, y avait fait 36 morts.
Cette catastrophe avait poussé les autorités à condamner définitivement le site.
Depuis lors, sacs poubelles et détritus s'entassent au pied des habitations et sous les ponts de la capitale, illustrant une crise sanitaire qui s'installe.
"Nous souffrons (...), c'est difficile ! On ne peut pas vivre avec les ordures, c'est difficile avec l'odeur, il y a des vers de terre; ça peut même donner des maladies", alerte Mariam Bayo, une habitante de Conakry interrogée par l'AFP.
"Avant, ils (les éboueurs, NDLR) venaient deux fois dans la semaine" récupérer les ordures, "mais (actuellement) ça peut faire trois semaines" sans qu'ils ne viennent, déplore Mme Bayo, pointant du doigt un tas de déchets auquel elle s'apprêtait à mettre le feu.
Un sentiment d'impuissance partagé avec une grande partie de la population, forcée de déposer ses ordures où l'espace le permet, faute d'alternative.
"La dernière fois, ma poubelle était tellement remplie que j'ai dû la mettre dans le coffre de ma voiture et la jeter au bord de la route en allant au travail...", confie ainsi à l'AFP une habitante de la banlieue de Conakry, sous couvert d'anonymat.
"On ne sait pas où les amener"
Le site de Baritodé, à Coyah (à une cinquantaine de kilomètres de Conakry), a été privilégié depuis quelques années pour recueillir les quelque 3.000 tonnes de déchets produites chaque jour par la capitale. Mais l'éloignement géographique et les embouteillages du trafic routier paralysent son exploitation à plein temps.
"Le camion, quand il quitte ici (Conakry, NDLR) à 08H00, il va à Baritodé, à 125 kilomètres de Conakry. Avant qu'il ne revienne, ça se trouve qu'il est 17H ou 18H00", explique à l'AFP Oumar Pathé Bah, dirigeant d'une PME qui collecte les déchets.
Faute de rotation régulière des camions et des tricycles de ramassage, les prestataires privés voient leur chiffre d'affaires s'effondrer.
"J'avais mille et quelques clients. Aujourd'hui, je ne crois pas s'il me reste 500. (Beaucoup) se sont désabonnés (parce qu')on ne peut pas travailler", fustige M. Bah, qui peine à couvrir ses charges financières.
"J'ai plus de 16 ramasseurs, 16 pré-collecteurs, plus les animateurs. J'ai au moins 22 travailleurs qui sont à ma charge. Et chaque fin de mois, je suis obligé de débloquer 10 millions" de francs guinéens et quelques (un peu plus de 1.000 euros, NDLR) pour payer mes travailleurs. (Mais), ça ne travaille pas", se lamente-t-il.
Face à cette situation, quelques entreprises de pré-collecte tentent de maintenir à flot leurs activités. Mais le problème majeur est l'absence d'infrastructures pérennes.
"La gestion des déchets demande beaucoup d'investissements, et quand on n'a pas les moyens, on ne peut pas rentrer dans la gestion des déchets. Tous les déchets qui ne sont pas valorisables, on ne sait pas où les amener", explique à l'AFP Siriman Condé, de BCEIP Environnement, une PME travaillant dans la collecte et la valorisation des ordures.
"Nos premières difficultés, c'est l'obtention d'une décharge moderne et contrôlée", dit-il.
Lundi, les autorités guinéennes ont lancé les travaux de réhabilitation de la décharge de Dar-es-Salam. Une fois la montagne de 7,2 millions de tonnes de déchets stabilisée et dépolluée, elle sera transformée en parc.
Pour remplacer la décharge, un centre d'enfouissement des déchets est en construction sur le site de Baritodé.
En attendant, les habitants de Conakry et sa banlieue continuent de subir cette crise des déchets et ses risques sanitaires.





