Plus de 600.000 signatures pour une pétition appelant à fermer CNews
Une pétition sur le site de l'Assemblée nationale pour "supprimer CNews de l'audiovisuel français" a dépassé lundi les 600.000 signatures, ouvrant la voie à un possible débat dans l'hémicycle sur la chaîne de la galaxie Bolloré, accusée de favoriser l'extrême droite.
Lancée en juin par un particulier, cette pétition, qui plafonnait encore la semaine dernière à 100.000 signatures, a décollé après l'attentat raciste de Trappes.
Le texte, qui compare CNews à "une machine de propagande" ou à la chaîne américaine Fox News, dépassait 600.000 signatures authentifiées lundi en fin de journée, contre 500.000 plus tôt dans la journée.
La France France Insoumise a salué ce succès, et promis de "démanteler" l'empire médiatique de Vincent Bolloré en cas d'arrivée au pouvoir.
La commission des Affaires culturelles de l'Assemblée a "convoqué une réunion du bureau" mardi à 14h15 pour évoquer le sujet" a indiqué à l'AFP son président, Alexandre Portier (LR). "Il est essentiel d'ouvrir ce débat", selon la députée écologiste Sophie Taillé-Polian.
"En démocratie, on ne ferme pas les médias", a réagi pour sa part l'un des porte-parole d'Edouard Philippe à la présidentielle, le député Horizons Jérémie Patrier-Leitus.
Selon le règlement de l'Assemblée, un débat dans l'hémicycle autour d'une pétition peut être organisé passé le cap des 500.000 signataires provenant de 30 départements différents. Mais une commission doit d'abord décider de la classer ou de l'examiner.
Une précédente pétition contre la loi sur la présomption d'usage légitime des armes par les forces de l'ordre avait dépassé ce seuil mais a été classée par les députés membres de la commission des Lois en juillet.
"Pétition politique"
"Nous ne ferons pas de commentaires sur cette pétition politique", a déclaré de son côté à l'AFP CNews, qui s'est targuée lundi de rester en tête des chaînes d'info au mois d'octobre, ex-aequo avec sa concurrente BFMTV, à 3,6% de part d'audience, selon Médiamétrie.
La chaîne a toujours réfuté les accusations de faire la promotion des opinions d'extrême droite, disant au contraire défendre la liberté d'expression.
Mais les accusations contre CNews ont redoublé après l'attentat raciste de Trappes le 23 octobre, dans lequel un Français de 39 ans, Kévin T., soupçonné d'avoir tiré délibérément sur "des personnes (...) de type musulman ou africain ou nord-africain", selon le procureur national antiterroriste Olivier Christen.
Une partie de la gauche, à l'instar du maire de Trappes, Ali Rabeh, a accusé certains médias, en particulier CNews, d'avoir une responsabilité dans cette attaque, en accordant trop de place aux discours stigmatisant les immigrés ou leurs descendants.
Inédit
La fermeture d'une chaîne de la TNT relève du régulateur de l'audiovisuel, l'Arcom, qui n'a pas fait de commentaire lundi.
L'autorité administrative indépendante attribue aux chaînes et radios le droit d'émettre moyennant des obligations, comme le respect de la diversité des opinions ou l'interdiction de diffuser des propos discriminatoires.
Si elles sont enfreintes, l'Arcom agit graduellement: mise en demeure, sanction financière, réduction temporaire du droit d'émettre, et, enfin, le retrait de l'autorisation.
Après lui avoir infligé des millions d'euros d'amende, l'Arcom avait décidé en 2024 de ne pas reconduire la fréquence TNT de C8, propriété comme CNews de Canal+, où officiait l'animateur Cyril Hanouna.
Déjà mise à l'amende pour des séquences de nature à inciter à la haine ou à la discrimination, CNews a été mise en demeure en juin dernier par l'Arcom de corriger un "déséquilibre manifeste et durable dans l'expression des courants de pensée et d'opinion" sur son antenne, notamment "sur la menace que représenteraient l'immigration et l'islam pour la société française". La chaîne a contesté devant le Conseil d'État.
CNews a été au centre de plusieurs autres controverses en 2026, notamment sur le maintien à l'antenne, finalement abandonné, de l'animateur Jean-Marc Morandini, malgré des condamnations en justice devenues définitives pour corruption de mineurs et harcèlement sexuel.
Les médias de la galaxie Bolloré (CNews, Europe 1, JDD, JDNews) ont aussi été dans le collimateur du gouvernement pour la place accordée à la chroniqueuse pro-Kremlin Xenia Fedorova.
Cette dernière ne se trouve plus en France après avoir été visée par un arrêté d'expulsion des autorités, qui l'accusent d'être "un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes" pour "déstabiliser l'ordre public".





