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Economie

Inclusion numérique : alléger les taxes sur les smartphones peut démocratiser l’accès à l’Internet à Madagascar

16/10/2026 00:00 © Moov.Mg

La fiscalité sur les smartphones figure parmi les principaux leviers identifiés par la GSMA pour accélérer l’inclusion numérique à Madagascar. Dans un rapport présenté ce 16 octobre 2026 à Antananarivo, l’organisation recommande notamment de réduire les prélèvements sur les téléphones d’entrée de gamme. L’objectif est de faciliter l’accès à Internet mobile pour une population encore largement éloignée des usages numériques, malgré l’extension de la couverture réseau.

Le coût des smartphones au cœur du débat

Réduire la fiscalité sur les smartphones abordables plutôt que soutenir indistinctement tous les segments du marché. C’est l’une des pistes défendues par les opérateurs télécoms à l’occasion du lancement du rapport de la Global System for Mobile Communications Association (GSMA), intitulé « L’économie numérique à Madagascar : Réformes des politiques publiques pour façonner l’avenir numérique de Madagascar ». Présentée lors du Sommet Digital Africa de la GSMA, cette étude recommande notamment de supprimer certains prélèvements sur les smartphones d’entrée de gamme éligibles. Les appareils vendus à moins de 100 dollars constituent une cible prioritaire pour faciliter l’équipement des ménages aux revenus modestes.

« La barrière principale à l’inclusion numérique, à l’inclusion digitale en Afrique en général et à Madagascar en particulier, c’est le prix du smartphone », souligne Benoit Janin, directeur général de Yas Madagascar. Pour lui, l’enjeu est de travailler avec les pouvoirs publics, les bailleurs et les acteurs du secteur afin de rendre ces équipements plus accessibles.

Une fiscalité qui alourdit le prix des terminaux

Selon les éléments présentés par les opérateurs, les smartphones importés à Madagascar supportent plusieurs prélèvements, notamment 20 % de droits d’importation, 20 % de TVA, 6 % de droits d’auteur et 1 % de redevance de régulation. Le cumul annoncé par le secteur atteint ainsi 47 %, selon le mode de calcul retenu. Cette charge augmente le coût d’acquisition des téléphones, alors que le pouvoir d’achat limite déjà l’accès aux équipements numériques. La GSMA recommande de supprimer les droits d’importation, les prélèvements au titre des droits d’auteur et la taxe réglementaire pour les smartphones d’entrée de gamme répondant aux critères d’éligibilité. Elle préconise également une exonération ciblée de TVA et le développement de solutions de financement, notamment à travers le programme DECIM de la Banque Mondiale.

Yas Madagascar propose déjà des dispositifs de paiement échelonné, dont Mitsinjo, permettant à certains clients de financer leur smartphone sur douze mois. L’opérateur participe également au programme DECIM, soutenu par la Banque mondiale. Ces mécanismes ne suffisent toutefois pas, selon Benoit Janin, à lever le principal obstacle financier.


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La couverture réseau ne garantit pas l’accès à Internet

Par ailleurs, le rapport met en évidence un décalage entre la disponibilité des réseaux et leur utilisation effective. Le nombre total de connexions mobiles à Madagascar est passé de 12,3 millions en 2021 à 22,5 millions à la fin de 2025. Pourtant, le taux de pénétration de l’Internet mobile, calculé sur la base des utilisateurs uniques, n’atteignait que 14,3 % en 2025. En 2026, 66 % de la population vivait dans une zone couverte par le haut débit mobile sans utiliser Internet mobile. Le coût des smartphones, le manque de compétences numériques et les difficultés d’accès aux réseaux dans certaines zones rurales contribuent à expliquer cet écart.

« Le numérique aujourd’hui est vraiment un pilier critique pour le développement social et économique du pays », estime Benoit Janin. Il distingue trois dimensions de l’accessibilité : la couverture réseau, le prix des services et le coût du terminal. Sur le premier volet, Yas indique que son réseau 4G couvrait 89 % de la population à la fin du mois d’août 2026, selon les mesures de l’opérateur. Sur le prix des services, les opérateurs ont également annoncé des baisses importantes entre décembre 2025 et février 2026. Benoit Janin fait état d’une diminution moyenne de 55 % des tarifs de l’Internet mobile, atteignant près de 80 % pour certaines offres à 1 000 ariary. La baisse du prix de la connexion ne résout cependant pas la difficulté d’acquérir un appareil compatible.

Supprimer la taxe d’accise pour élargir les usages

La réforme fiscale proposée par la GSMA concerne également les services mobiles. Le rapport recommande d’envisager la suppression de la taxe d’accise sectorielle de 8 % et de réduire de 2 % à 1 % la taxe sur la réglementation des télécommunications et des technologies de l’information et de la communication. Benoit Janin estime que la suppression de la taxe d’accise serait préférable à une simple réduction. « Ce n’est pas une perte fiscale en tant que telle pour l’État », avance-t-il, en faisant valoir qu’un accès plus large à Internet pourrait stimuler la consommation de services mobiles et contribuer aux recettes publiques.

Il cite des expériences menées dans plusieurs pays africains, notamment au Kenya, en Tanzanie, au Tchad et au Bénin, où les droits d’accise sur les télécommunications ont été supprimés. Les effets attendus à Madagascar dépendront toutefois de la mise en œuvre des mesures, de leur répercussion sur les prix et de l’évolution des usages. Pour les opérateurs, l’objectif est de trouver un équilibre entre l’accessibilité des services pour les consommateurs et les ressources nécessaires à l’investissement dans les réseaux.


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Les zones rurales, autre défi de l’inclusion numérique

La réduction du coût des smartphones ne suffira pas à connecter l’ensemble de la population. Environ un tiers des habitants des zones rurales ne bénéficie pas de la couverture 4G, selon le rapport. Le relief, l’accès limité à l’électricité, le coût des infrastructures de liaison et les dépenses d’exploitation freinent le déploiement des réseaux dans les zones reculées. La GSMA préconise l’élaboration d’un plan chiffré de connectivité rurale, la réforme du Fonds de développement des technologies de l’information et de la communication (FDTIC) pour garantir un financement transparent et axé sur les résultats, ainsi qu’une meilleure coordination entre les investissements dans les télécommunications et ceux dans l’électricité.

L’organisation recommande aussi de détaxer les importations d’équipements essentiels aux réseaux haut débit et à l’alimentation électrique des sites ruraux. Elle propose enfin de soutenir des services vocaux fondés sur une technologie fiable de reconnaissance de la langue malgache, afin d’élargir l’accès aux personnes rencontrant des difficultés de lecture et d’écriture.

Des retombées économiques attendues d’ici 2031

Les réformes proposées pourraient dépasser le cadre du secteur télécom. Selon les simulations présentées par Yas Madagascar à partir de l’étude de la GSMA, leur mise en œuvre coordonnée pourrait permettre de compter 1,12 million d’utilisateurs supplémentaires de l’Internet mobile à Madagascar d’ici 2031, par rapport au scénario de référence. Le produit intérieur brut pourrait également augmenter de 3,3 % à cet horizon, soit environ 4 100 milliards d’ariary supplémentaires pour la seule année 2031, selon ces projections.

Aussi, un accès plus large aux outils numériques pourrait-il faciliter les transactions financières, les démarches administratives, l’accès aux ressources éducatives et le développement des activités commerciales. Le rapport, qui soutient les objectifs du Plan stratégique numérique 2023-2028, identifie ainsi quatre priorités : rendre les smartphones plus abordables, étendre les réseaux ruraux, réformer la fiscalité du secteur mobile et développer la demande de services numériques. La mise en œuvre de ces recommandations relève désormais d’arbitrages entre les recettes fiscales immédiates, le pouvoir d’achat des ménages et les investissements nécessaires au développement du numérique.



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