"La terre et le sang", série corse sur le refus de céder à la vengeance
Au monastère d'Appietto, village de Corse-du-Sud, on veille un mort. Une tradition corse, île dont la violence est au centre de "La terre et le sang", série diffusée à partir du 9 octobre sur france.tv, sur le combat d'un père pour extraire sa famille du cycle infernal de la vengeance.
"Il y a une histoire de vendetta mais le sujet c'est justement d'éviter de rentrer dans cette culture mortifère de la vengeance", explique à l'AFP l'acteur Thierry Neuvic qui interprète Anto, flic parisien d'origine corse qui a promis, alors qu'il était enfant, à son frère, victime d'un règlement de compte, de mettre fin à la spirale de vengeance qui gangrène sa famille depuis des générations.
Alors qu’il s'apprête à revenir sur sa terre natale pour reprendre le domaine viticole familial avec sa femme Vanina (Vahina Giocante), il tombe dans une embuscade et sombre dans un long coma. A son réveil, 10 ans plus tard, il découvre que son fils Santu, devenu adolescent, n'a qu’une idée en tête: la vendetta.
"Mon personnage est un anti-héros, il fait tout pour sortir son fils de cette culture-là", ajoute l'acteur de 55 ans, heureux de pouvoir tourner en Corse où il vit à l'année.
"Loin du fantasme qui a toujours existé du voyou, des bandits, on offre là une identification différente", se félicite celui qui a été associé dès le départ au projet d'Ange Basterga, le co-scénariste et réalisateur.
"Je voulais absolument faire un projet avec Thierry en premier rôle", souligne Ange Basterga qui a connu l'acteur sur la série de Canal+ "Mafiosa", qui plongeait pendant cinq saisons au cœur d'une bande criminelle corse et de sa cheffe.
"On a créé cette histoire d'un Corse qui ne veut pas se venger avec un personnage de héros qui soit aux antipodes de tout ce qui se passe aujourd'hui", explique le réalisateur de cette série de six épisodes de 52 minutes, diffusée sur France 2 à partir du 19 octobre, entre deux prises sur le tournage en mai 2025 en Corse.
"Refaire racine"
"Mais les rôles féminins sont aussi au centre de la série", ajoute le réalisateur de 43 ans, qui s'est fait connaître avec son premier long-métrage, "Caïd", lauréat du prix du meilleur film au 22e Festival du film de Cognac. Sans diffuseur, le film n'est jamais sorti en salles mais a été adapté en série de 10 épisodes de 10 minutes pour Netflix.
"Mon personnage est une femme qui a beaucoup de rêves et qui va se retrouver confrontée à la violence des hommes, elle va subir cette violence jusqu'à prendre en main les choses pour protéger sa famille", décrit à l'AFP Vahina Giocante, connue pour avoir joué dans "Blueberry, l'expérience secrète" et "99 francs" de Yann Kounen.
Après une pause de sept ans aux États-Unis, l’actrice de 44 ans d'origine corse revient dans l'audiovisuel français dans ce rôle de mère dans lequel elle est heureuse d'être "moins sexualisée" et où elle "peut exprimer et expérimenter beaucoup".
Ce tournage "est un moyen de refaire racine, de réécrire mon histoire avec la Corse", explique également l'actrice, qui a révélé dans un livre avoir été victime d'inceste par son père.
A Appietto, petit village sur les hauteurs de l'arrière-pays d'Ajaccio, l'effervescence est grande sur le tournage installé dans une maison de village. Des moines patientent tandis que Thierry Neuvic refait une prise où il part à moto pour négocier la paix, laissant son épouse inquiète.
"On a dix jours pour faire un épisode, à raison de cinq minutes utiles par jour en moyenne, on doit tourner plus vite qu'au cinéma", explique à l'AFP Thomas Treffouel, premier assistant réalisateur.
"C'est comme un grand chantier à mettre en place, et il faut veiller à ce que tout le monde travaille au bon moment", explique celui qui a notamment officié sur "Le Pacte des Loups" de Christophe Gans.





