PRRM : Le recours aux anciens présidents, un choix politique avant les concertations nationales
À l'approche des concertations nationales le Palais d'Iavoloha a accueilli, hier 27 juillet 2026, une rencontre politique réunissant le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, et deux anciens présidents démocratiquement élus, Marc Ravalomanana et Hery Rajaonarimampianina. Au-delà de la photo officielle, cette audience apporte plusieurs éléments de lecture sur la méthode de gouvernance adoptée par les autorités de la Transition.
Recours à une référence institutionnelle inhabituelle
Le communiqué publié par la Présidence de la Refondation retient particulièrement l'attention par le parallèle qu'il établit avec le « Conseil constitutionnel ». Les autorités expliquent qu'en l'absence d'une institution comparable à un collège de sages placé au-dessus des rivalités politiques, le chef de l'État a choisi de consulter les anciens présidents élus afin qu'ils apportent leur expérience et leur regard sur les grandes orientations nationales. Cette comparaison dépasse la simple formule de communication. Dans les institutions françaises, qui ont inspiré une partie de l'organisation républicaine malgache, le Conseil constitutionnel veille notamment au respect de la Constitution et incarne une certaine continuité de l'État ainsi que la mémoire des règles démocratiques. En faisant référence à ce modèle, le président de la Refondation semble rechercher une forme d'appui moral et institutionnel susceptible d'accompagner les décisions prises durant la période de Transition.
Cette référence soulève également une autre lecture. Madagascar dispose bien de la Haute Cour Constitutionnelle (HCC), compétente pour veiller au respect de la Constitution. Toutefois, les autorités semblent distinguer le rôle juridique de cette institution d'un espace de concertation plus politique. Les anciens chefs d'État sont ainsi présentés comme des personnalités pouvant jouer un rôle de conseillers informels, capables d'apporter leur expérience au-delà des seules questions de droit. Il s'agit moins de créer une nouvelle institution que de disposer d'un cercle de réflexion réunissant des responsables ayant déjà dirigé le pays.
Favoriser un climat de consensus
Le calendrier de cette rencontre n'est pas anodin. Elle intervient alors que la Refondation prépare les concertations nationales destinées à définir les grandes orientations du pays. En associant Marc Ravalomanana et Hery Rajaonarimampianina aux discussions préalables, les autorités cherchent aussi à inscrire ce processus dans une démarche de dialogue. Cette ouverture peut être interprétée comme une manière de montrer que les réformes envisagées ne sont pas élaborées uniquement par les responsables de la Transition, mais qu'elles s'appuient également sur les avis d'anciens dirigeants ayant exercé les plus hautes responsabilités de l'État.
Cette démarche s'adresse autant à l'opinion publique nationale qu'aux partenaires internationaux, qui suivent de près l'évolution de la Transition et la préparation des futures réformes.
Apaiser les tensions
Cette rencontre intervient également dans un contexte où les relations entre le pouvoir de Transition et une partie de l'opposition ont connu plusieurs périodes de tension. Les échanges organisés à Iavoloha s'inscrivent dans une recherche de dialogue avant l'ouverture officielle des concertations nationales. Le communiqué met d'ailleurs en avant les notions de « fraternité » (firahalahiana) et de recherche de solutions concertées dans l'intérêt supérieur de la Nation. L'idée est de favoriser un terrain d'entente avec plusieurs acteurs politiques avant le lancement des discussions nationales.
Si cette méthode de consultation témoigne d'une ouverture au dialogue, plusieurs interrogations demeurent. La première concerne le rôle que joueront réellement les anciens présidents dans la suite du processus. Leurs avis auront-ils uniquement une valeur consultative ou pèseront-ils sur les choix politiques qui seront retenus ?




