La canicule gagne du terrain, infrastructures et organismes à rude épreuve
Après des records de température lundi et de nouveaux décès liés à la chaleur, la canicule exceptionnelle qui frappe la France s'étend encore mardi, mettant les infrastructures et les organismes à rude épreuve avec des pics attendus à 44°C dans le sud-ouest.
Plus de la moitié du pays est placée en vigilance rouge par Météo-France, un niveau jamais atteint. Avec un total de 54 départements en vigilance rouge canicule en cours de journée et 35 autres en orange, plus de 90% de la population française est exposée à des chaleurs extrêmes, favorisées par le réchauffement climatique.
Une "vingtaine de décès" par noyade ont été enregistrés depuis le début du week-end et de la vague de chaleur, a annoncé la ministre des Sports, Marina Ferrari. "On a besoin de se rafraîchir, on a envie d'accéder à l'eau mais il faut vraiment respecter les zones qui sont surveillées", a insisté la ministre.
Autre conséquence de cette chaleur hors normes, la centrale nucléaire de Golfech, dans le Tarn-et-Garonne, a été mise à l'arrêt peu avant minuit lundi soir en raison de "contraintes environnementales" liées à la canicule. L'installation est refroidie par les eaux de la Garonne, dont la température doit atteindre 28°C mardi, limite fixée par un arrêté de 2006.
Plusieurs grandes villes ont battu lundi des records absolus de température: il a fait 40,9°C à Angers, 42°C à Saintes et 41,9°C à Bordeaux. La valeur la plus haute de la journée a été relevée à Châteaumeillant, dans le Cher, avec 43,3°C.
Ces records pourraient encore être battus mardi, avec des pics attendus à 44°C à Bordeaux et 43°C à Rennes vers 18h00.
"Les organismes commencent à souffrir"
"La température moyenne sur l'ensemble du pays devrait dépasser le record absolu de 29,4°C et pourrait atteindre 30°C en milieu de semaine", prévient Météo-France.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit présider dans la matinée une nouvelle cellule interministérielle de crise, au septième jour de la vague de chaleur.
A Rennes, où un record absolu de 40,6°C a déjà été enregistré lundi, la population s'adapte tant bien que mal.
"Je ne travaille pas aujourd'hui, j'aurais bien fait mon footing plus tard mais il fait vraiment trop chaud", explique Annie, 23 ans, croisée sur le chemin du retour vers 07h30.
Elle n'a ni climatisation ni même un ventilateur dans son appartement et "la nuit a été un petit peu difficile: 29,7°C au coucher, 28,4°C au réveil", précise la jeune femme, qui n'a pas souhaité donner son patronyme, comme Jean-Marc, 55 ans.
Ce dernier n'a pas changé l'heure de la promenade matinale du chien mais "c'est plutôt +à la tiède+ qu'+à la fraîche+", sourit-il. Avant de descendre au pied de son immeuble, il a ouvert grand les fenêtres "mais il fait quasiment déjà aussi chaud dehors que dedans. Les organismes commencent à souffrir", relève-t-il.
"La population n'est pas habituée", confirme à l'AFP le Pr Louis Soulat, chef des urgences de Rennes et membre du conseil d'administration du syndicat Samu-Urgences de France (SUDF).
"Au début l'organisme encaisse" mais probablement que d'ici mercredi, "il y aura plus de décompensations psychiatriques, de problèmes de diabète, d'insuffisance cardiaque, d'insuffisants rénaux...", alerte l'urgentiste.
5.700 morts en France l'an dernier
Cette canicule, après une première en mai, est d'une intensité "exceptionnelle, similaire à celle d'août 2003" qui avait fait près de 15.000 morts en France, "mais de durée encore incertaine", selon Météo-France.
Les populations vulnérables sont particulièrement exposées à ces fortes chaleurs. À Carpentras (Vaucluse), deux enfants de 2 et 4 ans ont été retrouvés morts lundi dans la voiture familiale.
La veille, trois personnes âgées sont décédées à leur domicile en Gironde en raison des fortes chaleurs.
La chaleur a tué quelque 5.700 personnes en France en 2025 après 3.700 l'année précédente, selon des estimations de l'agence Santé publique France. Les trois quarts des décès concernent des plus de 75 ans. Dans toute l'Europe, selon d'autres estimations publiées par la revue Nature Medicine, plus de 60.000 décès ont été attribuables à la chaleur en 2024.
L'épisode perturbe aussi fortement la vie scolaire avec 1.352 écoles et collèges fermés lundi (sur 60.000), et des reports d'oral du baccalauréat par endroits.
Selon le consensus scientifique, le changement climatique induit par l'activité humaine rend plus intenses les phénomènes météorologiques extrêmes, notamment les vagues de chaleur.
Les prévisions officielles tablent sur un réchauffement moyen de 2,7°C en France d'ici à 2050.




