"Guerre de l'IA", "souveraineté": la suspension d'Anthropic s'invite dans la présidentielle française
L'injonction par Washington de suspendre l'accès de "tout ressortissant étranger" à des modèles d'intelligence artificielle a fait réagir samedi des poids lourds de la présidentielle française, alertant contre une "guerre de l'IA", et le besoin d'indépendance face aux États-Unis.
Le fleuron américain de l'intelligence artificielle Anthropic a été contraint vendredi par son gouvernement de couper l'accès à ses modèles les plus puissants. Une décision sans précédent connu.
Washington, invoquant un risque pour la sécurité nationale, a ordonné, au titre du contrôle des exportations, de couper l'accès à ces modèles pour "tout ressortissant étranger, à l'intérieur ou à l'extérieur des États-Unis", y compris "les employés étrangers" d'Anthropic, selon le communiqué de l'entreprise.
"Plus que jamais, la souveraineté numérique européenne est une nécessité", a réagi la ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff. "Les grandes puissances considèrent désormais les technologies stratégiques comme des instruments de puissance".
"Cette décision soudaine vient nous rappeler que l'intelligence artificielle est déjà un sujet de souveraineté nationale majeur", a posté sur X Jordan Bardella (Rassemblement national), exhortant Paris, comme d'autres responsables, à "accélérer dans le soutien" à l'entreprise française Mistral AI et "tout l'éco-système IA".
Jean-Luc Mélenchon (LFI) a lui estimé que la décision américaine "prouve l'urgence d'être indépendants et souverains", tout en étant un "règlement de comptes politique" du gouvernement américain avec Anthropic "partisan d'une IA éthique".
La sécurité, dont Anthropic a fait un argument commercial, l'oppose déjà à l'administration Trump.
Début mars, le Pentagone a rompu ses contrats avec l'entreprise, désignée comme un "risque pour la chaîne d'approvisionnement". Anthropic, dont les modèles étaient les seuls accrédités secret-défense, a saisi la justice, affirmant avoir été sanctionnée pour avoir refusé que son IA serve à la surveillance de masse ou des armes autonomes.
"Les bienvenus à Paris"
"La guerre de l'IA a déjà commencé", a jugé Gabriel Attal (Renaissance).
"Nous ne pouvons pas compter sur d'autres car cela nous rend vulnérables, la décision des États-Unis le montre. Anthropic est leur détroit d'Ormuz", a-t-il ajouté.
"Nous ne maîtrisons ni les modèles, ni le calcul" de l'IA, "aussi essentielle que l'électricité ou Internet", a alerté de son côté Édouard Philippe (Horizons).
Exhortant l'Europe à "se réveiller", le maire du Havre a encouragé à privilégier les "marchés technologiques européens", et à simplifier "des normes qui avantagent les big tech américaines".
Le candidat de LR Bruno Retailleau a appelé à "faire avec l'IA ce que nous avons fait avec le nucléaire (...) la penser comme une part de notre souveraineté".
Le sénateur a invité le patron d'Anthropic, Dario Amodei, à s'installer en France: "vous êtes les bienvenus à Paris".
"Nous sommes entrés dans un nouveau monde (...) où nous ne pouvons compter d'abord que sur nous mêmes", a commenté de son côté le patron du PS Olivier Faure, appelant à "construire une vraie puissance européenne".




