Traite des Africains : une résolution historique de l’ONU, Madagascar parmi les pays abstentionnistes
L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution qualifiant la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé de « l’injustice la plus inhumaine et la plus durable contre l’humanité ». Si le texte a été largement soutenu, Madagascar figure parmi les pays qui se sont abstenus, une position qui interroge au regard de son histoire.
Une reconnaissance internationale forte
Adoptée à une large majorité, la résolution portée par le Ghana a recueilli 123 voix pour. Trois pays : l’Argentine, Israël et les États-Unis, ont voté contre, tandis que 52 États, dont Madagascar, ont choisi l’abstention. Le texte qualifie la traite transatlantique et l’esclavage racialisé des Africains comme des crimes d’une gravité exceptionnelle. Il insiste sur leur ampleur, leur durée, plus de 400 ans, ainsi que leur caractère systémique et leurs conséquences durables sur les sociétés contemporaines. Des millions d’Africains ont été arrachés à leur terre, déportés et contraints au travail forcé dans les plantations du Nouveau Monde. Déshumanisés, privés de leur identité, ils ont subi une exploitation dont les effets se prolongent aujourd’hui à travers le racisme et les inégalités structurelles.
Lors des débats, plusieurs responsables internationaux ont souligné l’importance de cette reconnaissance. Le président ghanéen John Dramani Mahama a évoqué « une solidarité solennelle » pour ouvrir la voie à la justice réparatrice. La présidente de l’Assemblée générale, Annalena Baerbock, a rappelé que l’esclavage constitue l’une des violations des droits humains les plus graves de l’histoire. Elle a également souligné l’impact économique durable pour les pays africains, évoquant une « extraction massive de ressources » humaines.
Madagascar, un passé lié aux systèmes esclavagistes
De son côté, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à s’attaquer aux héritages persistants de cette histoire, notamment le racisme systémique et les inégalités. Il a plaidé pour des actions concrètes en matière de justice réparatrice et de développement inclusif.
Malgré un soutien massif des pays africains, deux États du continent : le Bénin et Madagascar, se sont abstenus lors du vote. Cette position suscite des interrogations, d’autant plus que Madagascar possède un passé étroitement lié aux systèmes esclavagistes de l’océan Indien. Historiquement, la Grande Île a été intégrée aux réseaux de traite, tant internes qu’externes, participant à des dynamiques d’exploitation humaine qui ont marqué durablement la région. Dans ce contexte, l’abstention malgache apparaît en décalage avec la posture majoritaire du continent africain. Aucune explication officielle détaillée n’a été mise en avant dans les éléments disponibles, mais cette neutralité contraste avec l’engagement affiché par le Groupe africain au sein des Nations Unies.
Des divergences sur la question des réparations
Le débat autour de la résolution a également mis en lumière des divergences profondes, notamment sur la question des réparations. Les États-Unis, opposés au texte, ont estimé qu’il était « problématique » et ont rejeté toute reconnaissance d’un droit légal à des réparations pour des faits historiques. La résolution, elle, souligne l’importance de réparer les torts subis par les Africains et leurs descendants, considérant les réparations comme un levier vers la justice, la dignité et l’apaisement.
Sur le plan juridique, la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité renforce la portée symbolique et politique du texte. Cette qualification renvoie à des actes inhumains commis de manière systématique contre des populations civiles, incluant notamment la réduction en esclavage. En consacrant cette définition, l’ONU inscrit la traite des Africains dans une mémoire mondiale partagée, tout en appelant les États à traduire cette reconnaissance en actions concrètes.




