Rapport annuel du BIANCO 2025 : 215 placements sous mandat de dépôt, un bond de 23,56%
Présenté ce 26 mars 2026, le Rapport annuel du Bureau Indépendant Anti-Corruption (BIANCO) met en évidence une intensification des poursuites. La hausse significative des placements sous mandat de dépôt traduit un durcissement de la réponse pénale face aux infractions liées à la corruption.
Hausse des placements sous mandat de dépôt
Le chiffre retient particulièrement l’attention : 215 personnes ont été placées sous mandat de dépôt en 2025. Cette progression de 23,56% traduit un recours accru à la détention préventive dans les affaires de corruption, signe d’un durcissement des poursuites judiciaires. Au total, 641 dossiers ont été transmis aux juridictions compétentes, soit une hausse de 7,19%. Sur la période 2021-2025, la tendance est clairement à la hausse, avec un nombre de personnes arrêtées frôlant les 700 en 2025.
Derrière ces résultats, l’appareil d’enquête du BIANCO tourne à plein régime. En 2025, 2 765 doléances ont été reçues, dont plus de la moitié jugées investigables. À cela s’ajoutent 189 signalements, parmi lesquels 108 ont été considérés comme crédibles. Les équipes ont ainsi mené 921 enquêtes, complétées par 36 missions spécifiques. Le préjudice total estimé dans les affaires traitées s’élève à plus de 325 milliards d’ariary, un montant qui donne la mesure de l’impact économique de la corruption dans le pays.
Collectivités, foncier, justice : les secteurs les plus touchés
Le rapport met en évidence une concentration des faits de corruption dans certains secteurs clés. En tête figurent les collectivités territoriales, qui concentrent près de 20% des cas signalés. Le foncier suit avec 15,84%, confirmant la sensibilité persistante de ce domaine à Madagascar. La justice, l’éducation et la gendarmerie complètent le top 5 des secteurs les plus exposés. Du côté des infractions, l’abus de fonction arrive largement en tête avec 32% des cas, suivi du détournement de deniers publics (16%) et des faux et usages de faux (12%).
Le BIANCO souligne également la diversité des profils impliqués. Les fonctionnaires de l’éducation représentent le plus grand nombre d’enquêtés, suivis des élus des collectivités territoriales. Plus préoccupant, des hauts fonctionnaires nommés par décret figurent parmi les personnes poursuivies, avec 20 arrestations et 7 placements sous mandat de dépôt. Le rapport mentionne également des enquêtes visant des membres d’institutions et même un membre du gouvernement, illustrant une extension des investigations vers les hautes sphères.
Une stratégie axée sur l’argent et les réseaux organisés
Au-delà des chiffres, le rapport met en lumière des mécanismes de corruption de plus en plus sophistiqués, mêlant détournement de fonds, blanchiment et influence politique. Certains schémas impliquent la création de sociétés écrans, l’octroi de prêts frauduleux et le transfert de fonds à l’étranger. Les marchés publics apparaissent également comme un terrain propice aux irrégularités, avec des pratiques telles que la pré-attribution ou l’utilisation de faux concurrents.
Dans ce contexte, le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison a marqué un tournant dans son allocution. « Nous ne parlons plus actuellement de lutte contre la corruption, mais de lutte contre les crimes organisés », a-t-il déclaré, insistant sur une approche centrée sur les flux financiers. Le chef du gouvernement a annoncé une stratégie claire : frapper au cœur du système en ciblant l’argent. « L’objectif est de rendre la corruption non rentable, risquée et détestée », a-t-il affirmé, appelant à un renforcement des actions de prévention et de répression.




