Mortalité infantile à Madagascar : La pauvreté et le manque d’instruction décident de la survie des enfants
Les résultats de l’enquête MICS 2024-2025 révèlent une réalité préoccupante : à Madagascar, les chances de survie d’un enfant restent fortement liées au niveau de vie de sa famille et au niveau d’instruction de sa mère. Derrière les statistiques nationales se dessine une profonde inégalité sociale qui continue de peser sur la santé des plus jeunes.
Les dernières données de l’enquête MICS 2024-2025, réalisée par l’Institut National de la Statistique avec l’appui de l’UNICEF, mettent en lumière une évolution inquiétante des indicateurs de santé infantile à Madagascar. Le taux de mortalité infanto-juvénile, qui mesure les décès d’enfants avant l’âge de cinq ans, atteint désormais 73 pour mille naissances vivantes. En 2018, ce taux était estimé à 59 pour mille. Cette augmentation intervient alors que la Grande Île s’efforce de progresser vers les Objectifs de développement durable, notamment en matière de santé et de bien-être des enfants. Mais au-delà de cette tendance nationale, les statistiques révèlent surtout l’existence d’importantes disparités sociales qui influencent directement les chances de survie des enfants.
Inégalités sociales et éducation maternelle
L’enquête montre que tous les enfants malgaches ne sont pas exposés aux mêmes risques. Les différences sont particulièrement marquées selon le niveau de richesse des ménages. Chez les familles les plus pauvres, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans atteint 91,5 pour mille. Dans les ménages les plus aisés, il descend à 52,1 pour mille. Autrement dit, un enfant né dans un foyer défavorisé a près de deux fois plus de risques de mourir avant son cinquième anniversaire qu’un enfant issu d’une famille plus aisée. Ces écarts reflètent notamment les différences d’accès aux soins de santé, à une alimentation adéquate et à des conditions d’hygiène satisfaisantes. Ces chiffres montrent que la santé infantile reste étroitement liée aux conditions de vie des familles.
L’étude souligne également le rôle déterminant de l’éducation maternelle dans la survie des enfants. Les données indiquent que le taux de mortalité atteint 86,2 pour mille chez les enfants dont la mère n’a jamais été scolarisée. En revanche, il tombe à 53,2 pour mille lorsque la mère a atteint au moins le niveau secondaire. Selon les spécialistes de la santé publique, l’instruction des mères joue un rôle essentiel dans l’adoption de pratiques favorables à la santé des enfants. Une mère instruite est généralement plus informée sur les soins à apporter au nourrisson, sur l’importance de la vaccination ou encore sur les pratiques alimentaires adaptées aux jeunes enfants. À l’inverse, l’absence d’éducation peut limiter l’accès à l’information et compliquer la prise de décisions liées à la santé, notamment en cas de maladie.
Amélioration de l’accès aux soins
Les résultats de l’enquête montrent également une dégradation de la situation durant les premiers jours de vie. La mortalité néonatale, qui concerne les décès survenant dans les 28 premiers jours après la naissance, est passée de 21 à 30 pour mille. Ces décès précoces sont souvent associés à un manque de suivi prénatal, à des complications lors de l’accouchement ou encore à l’absence d’assistance médicale qualifiée. Dans plusieurs régions du pays, l’accès aux services de santé reste limité, en particulier pour les populations rurales ou les familles à faibles revenus.
Face à ces constats, les résultats de l’enquête MICS rappellent l’ampleur des défis qui restent à relever pour améliorer la santé des enfants à Madagascar. Les experts estiment que la réduction de la mortalité infantile passe non seulement par le renforcement du système de santé, mais aussi par des actions visant à réduire les inégalités sociales. L’amélioration de l’accès aux soins, la promotion de l’éducation des filles et la lutte contre la pauvreté apparaissent ainsi comme des leviers essentiels pour offrir à tous les enfants malgaches des chances de survie plus équitables dès la naissance.




