Économie bleue : les femmes au cœur de la chaîne de valeur de la pêche dans la région Boeny
Dans plusieurs villages côtiers de la région Boeny, au nord-ouest de Madagascar, des femmes s’imposent progressivement comme des actrices clés de l’économie bleue. Grâce à des formations et à une meilleure organisation collective, elles améliorent la transformation et la commercialisation des produits de la pêche, renforçant ainsi leurs revenus et leur rôle dans l’économie locale.
La pêche, un levier d’autonomie pour les femmes
Dans les baies de Mahajamba et de Bombetoka, la pêche artisanale constitue le principal moyen de subsistance pour de nombreuses communautés côtières. Si les hommes assurent souvent la capture en mer, les femmes occupent une place déterminante dans les étapes qui suivent : transformation, conservation et commercialisation des produits de la pêche. Dans les villages d’Amboanio, d’Ambalatany, de Morahariva et d’Antsaregy, cette contribution longtemps peu reconnue prend aujourd’hui une dimension nouvelle. La mer ne nourrit pas seulement les familles : elle devient aussi un levier d’autonomie économique pour les femmes.
Entre juin et juillet 2025, 93 femmes ont suivi des formations destinées à améliorer la qualité et la valeur marchande des produits halieutiques. Des ateliers pratiques leur ont permis d’acquérir des techniques de séchage, de salage et de fumage à chaud. Ces méthodes contribuent à prolonger la durée de conservation du poisson et à améliorer sa qualité sur les marchés. Pour les participantes, chaque produit transformé représente une opportunité supplémentaire d’augmenter leurs revenus et de renforcer leur indépendance économique. Les formations ont également porté sur l’organisation collective. Les participantes ont appris à gérer leurs associations, à planifier leurs activités et à améliorer la prise de décision au sein des groupes.
Une chaîne de valeur mieux structurée
Au-delà de la formation, plusieurs initiatives ont été mises en place pour renforcer la chaîne de valeur de la pêche artisanale. L’accès à des équipements adaptés, tels que des chambres froides, des séchoirs ou des installations de stockage, permet désormais aux femmes de mieux organiser leurs activités. Selon les premières estimations, certaines participantes ont déjà enregistré une hausse de leurs bénéfices, avec des gains dépassant les 10 %. Par ailleurs, une étude de marché menée par le Réseau national des femmes de la pêche (RENAFEP) a identifié 14 débouchés potentiels pour les produits transformés. Ces informations permettent aux femmes d’adapter leur production aux attentes des consommateurs.
Pour renforcer leur présence sur les marchés, plusieurs associations de femmes ont choisi d’agir collectivement. Certaines ont acquis des cartes de commerçantes de poisson partagées entre les membres, ce qui leur permet de vendre leurs produits dans différents villages et marchés tout en répartissant les coûts liés aux redevances administratives. D’autres initiatives, comme l’organisation de transports partagés, visent à réduire les frais logistiques et à améliorer la distribution des produits.
Des défis à relever pour consolider les acquis
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles persistent. L’accès à certains villages, notamment autour de la baie de Mahajamba, reste difficile pendant la saison des pluies, compliquant l’approvisionnement, le transport des produits et le suivi des activités. La participation des femmes aux organisations communautaires a également nécessité un travail de sensibilisation afin de promouvoir le leadership féminin et encourager l’engagement collectif.
Pour consolider ces progrès, un accompagnement continu est recommandé, notamment à travers le renforcement des capacités, l’accès à des équipements adaptés et la promotion du leadership des femmes. Le soutien passe aussi par les Associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC), qui offrent aux participantes un cadre pour épargner, gérer leurs finances et investir progressivement dans leurs activités. Les actions engagées se poursuivront dans le cadre du projet de mise en œuvre des lignes directrices relatives à la pêche artisanale équitable, résiliente au climat et durable, afin de renforcer durablement la place des femmes dans l’économie bleue malgache.




