Travail des femmes à Madagascar : Un taux record qui cache une économie de survie
Avec un taux de participation des femmes au marché du travail dépassant les 80 %, la Grande Île caracolerait en tête des classements mondiaux de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Un chiffre record qui, loin de traduire une émancipation fulgurante, cache la précarité d’une économie de survie.
Contribution à la production familiale
À première vue, Madagascar pourrait passer pour le champion du monde de l’égalité professionnelle. Selon les dernières estimations modélisées de l’OIT pour 2024-2025, environ 82,6 % des femmes malgaches sont actives sur le marché du travail. À titre de comparaison, la moyenne mondiale stagne péniblement autour de 49 %. Mais derrière cette statistique vertigineuse ne se cachent ni bureaux climatisés ni plans de carrière ambitieux : c’est le visage du travail par nécessité. Si les Malgaches sont massivement « actives », c’est d’abord parce qu’elles n’ont pas le luxe de ne pas l’être. Dans un pays où l’extrême pauvreté touche la grande majorité de la population, l’inactivité est un risque mortel.
Le moteur de ce taux record se trouve dans les zones rurales. Ici, la femme est le pilier de l’agriculture de subsistance. Du repiquage du riz à la récolte, elles sont partout. Pour l’OIT, cette contribution à la production familiale, même non rémunérée, est comptabilisée comme une participation au marché du travail. En ville, ce sont les petits métiers informels : vente de rue, blanchisserie à domicile ou services domestiques, qui gonflent les chiffres.
Dure labeur et travail décent
Le contraste est brutal dès que l’on quitte l’économie informelle. Si 82 % des femmes travaillent, plus de 95 % d’entre elles évoluent dans le secteur informel, sans filet de sécurité, sans protection sociale et sans salaire minimum garanti. « Ce ne sont pas des emplois choisis, mais des emplois subis », résument les observateurs économiques. L’épanouissement professionnel reste l’apanage d’une infime minorité urbaine. Pour la majorité, le travail est une course quotidienne contre la faim. Le sous-emploi reste d'ailleurs le véritable fléau : beaucoup travaillent énormément d'heures pour des revenus qui ne couvrent pas les besoins de base.
Malgré leur omniprésence numérique dans l'économie, les femmes malgaches restent sous-représentées aux postes de haute décision. Si quelques figures émergent dans l'entrepreneuriat ou au gouvernement, le pouvoir économique réel demeure largement masculin. Le défi pour Madagascar n’est donc plus de mettre les femmes au travail, elles y sont déjà, plus que partout ailleurs, mais de transformer ce labeur de subsistance en travail décent. Tant que la croissance ne créera pas d'emplois formels, le record de l'OIT restera le symptôme d'une précarité généralisée plutôt que le trophée d'une réussite sociale.




