Menabe Antimena : l’urgence d’une réponse coordonnée face aux migrations climatiques
Réunis à Morondava, 37 acteurs publics et privés ont planché sur l’avenir de l’Aire Protégée du Menabe Antimena, fragilisée par la pression migratoire et les effets du changement climatique. Au-delà du constat, l’enjeu est désormais de bâtir des solutions durables conciliant protection des forêts, résilience des populations et cohésion sociale.
Vulnérabilité climatique et mobilité humaine
À Morondava, représentants de l’État, scientifiques, gestionnaires d’aires protégées, autorités régionales et organisations communautaires ont pris part à un symposium national consacré à l’Aire Protégée du Menabe Antimena. La rencontre, organisée par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en partenariat avec le ministère de l’Environnement et du Développement Durable, intervient dans un contexte de dégradation accélérée des forêts du Menabe. Cette aire protégée, considérée comme l’un des réservoirs écologiques majeurs de l’ouest malgache, fait face à une pression croissante liée à l’installation de migrants internes en quête de terres cultivables. À mesure que les superficies disponibles se raréfient en périphérie, des occupations s’étendent vers les zones protégées, accentuant la déforestation.
La région du Menabe attire depuis plusieurs années des populations issues d’autres régions, en raison de son potentiel agricole et de conditions climatiques jugées plus favorables. Mais le dérèglement climatique bouleverse les équilibres traditionnels et intensifie les déplacements internes. Les débats ont mis en évidence un lien direct entre vulnérabilité climatique et mobilité humaine. Face à la baisse de productivité agricole ou à la répétition d’aléas extrêmes, des ménages se déplacent pour sécuriser leurs moyens de subsistance. Cette dynamique, lorsqu’elle n’est pas encadrée, génère une pression accrue sur les ressources naturelles et alimente des tensions foncières.
Protéger sans exclure
L’un des messages centraux du symposium est que la protection du Menabe Antimena ne peut se limiter à des mesures coercitives. Elle doit intégrer les réalités socio-économiques des populations migrantes et des communautés d’accueil. Les échanges ont insisté sur la nécessité d’une action coordonnée entre l’État, les collectivités territoriales, les gestionnaires de parcs et les organisations de conservation. L’objectif est de construire des mécanismes de gouvernance partagée capables de prévenir les conflits et de promouvoir des pratiques durables. La question foncière apparaît comme un point névralgique : sans solutions alternatives d’accès à la terre ou d’activités génératrices de revenus, la pression sur l’aire protégée risque de s’aggraver.
La rencontre s’inscrit dans le cadre du projet « Promotion de la résilience climatique des populations migrantes touchées par le changement climatique dans le sud du Delta de la Tsiribihina à Madagascar », soutenu par le Fonds de Développement de l’OIM. Ce programme vise à appuyer les efforts du gouvernement malgache pour concilier protection environnementale et adaptation aux changements climatiques. Parmi les priorités figurent le renforcement des capacités des autorités et des communautés sur les liens entre migration, environnement et développement durable, ainsi que la sensibilisation inclusive à la gestion des aires protégées. Une attention particulière est portée à l’intégration du genre dans les stratégies d’intervention. Le projet prévoit également le développement de compétences en matière de lutte contre les feux de brousse, un facteur aggravant majeur de la dégradation forestière dans la région.
Préserver un patrimoine écologique
Au-delà des enjeux environnementaux, la gestion du Menabe Antimena soulève une question de cohésion sociale. L’arrivée de nouveaux ménages dans des territoires déjà fragiles peut accentuer les rivalités autour des ressources naturelles. Les participants ont souligné l’importance de renforcer le dialogue entre communautés hôtes et populations migrantes afin de favoriser une gestion concertée des espaces forestiers. La stabilité sociale est perçue comme une condition préalable à toute stratégie de conservation efficace.
Le symposium de Morondava marque une étape dans la recherche de solutions adaptées à la réalité du terrain. Il met en évidence la nécessité d’articuler politiques climatiques, planification territoriale et gouvernance des migrations. Pour l’Aire Protégée du Menabe Antimena, l’équation est complexe : préserver un patrimoine écologique stratégique tout en répondant aux besoins de populations en mouvement. La réponse ne pourra être uniquement environnementale. Elle devra être aussi sociale, économique et territoriale.




