Malnutrition à Madagascar : l’alerte arrive trop tard, face aux chocs climatiques
À Madagascar, les chocs climatiques aggravent rapidement l’insécurité alimentaire et la malnutrition, en particulier chez les enfants et les femmes. Malgré l’existence de systèmes d’alerte précoce, les signaux nutritionnels restent insuffisamment intégrés, retardant les réponses et laissant les populations les plus vulnérables exposées.
Urgence nutritionnelle aggravée par le climat
Sécheresses prolongées, cyclones et inondations rythment le quotidien de nombreuses régions de Madagascar. Au-delà des dégâts matériels et agricoles, ces événements ont des conséquences directes sur la nutrition des ménages. La baisse des récoltes, la hausse des prix des denrées alimentaires et la perte de revenus fragilisent rapidement l’accès à une alimentation suffisante et équilibrée. En quelques semaines, des familles basculent dans l’insécurité alimentaire, tandis que les cas de malnutrition aiguë augmentent, notamment chez les jeunes enfants. C’est dans ce contexte qu’Action contre la Faim (ACF) a mené en 2025 un projet pilote à Madagascar et au Mali. L’initiative visait à analyser les raisons pour lesquelles les alertes climatiques existantes ne permettent pas d’anticiper efficacement les crises nutritionnelles. Selon l’organisation, les réponses humanitaires interviennent encore trop souvent après l’apparition des premiers cas graves, lorsque les systèmes de santé sont déjà sous pression.
Les enquêtes conduites par ACF auprès de près de 400 personnes, incluant des membres de communautés, des agents de santé et des responsables locaux et nationaux, mettent en évidence une faiblesse structurelle. Les systèmes d’alerte précoce se concentrent principalement sur les indicateurs climatiques ou agricoles, sans intégrer suffisamment de données nutritionnelles.
Renforcement des systèmes d’alerte précoce
Cette lacune empêche l’identification précoce des groupes à risque, comme les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, et limite la capacité des acteurs sanitaires à se préparer. Autre constat : un déséquilibre entre les secteurs. Si la gestion des risques de catastrophes ou l’eau et l’assainissement ont déjà intégré des approches d’anticipation, la nutrition reste en retrait. Les cadres existent au niveau national, mais leur diffusion demeure limitée à l’échelle régionale et locale. La coordination entre santé, nutrition et action humanitaire reste insuffisante, freinant une réponse globale adaptée aux besoins des communautés.
Face à ces constats, Action contre la Faim appelle à renforcer les systèmes d’alerte afin d’y intégrer pleinement la dimension nutritionnelle. Cela passe par des messages d’alerte incluant des conseils nutritionnels, un dépistage précoce de la malnutrition et la préposition de produits essentiels avant les crises. Fort de l’expérience menée en 2025 à Madagascar et au Mali, Action contre la Faim a mis à disposition des acteurs humanitaires une note méthodologique opérationnelle, avec l’objectif de généraliser dès 2026 l’intégration de la nutrition dans les dispositifs d’action anticipatoire.




