Le chancre asiatique des agrumes, longtemps absent de Madagascar, se propage dans la région Boeny
Longtemps épargnée par le chancre asiatique des agrumes, Madagascar fait désormais face à une propagation confirmée de cette maladie redoutée dans la région Boeny. Des analyses génétiques récentes révèlent une large présence de la bactérie responsable, faisant craindre des pertes agricoles importantes et une possible extension vers d’autres zones de production.
Une maladie qui gagne du terrain à Madagascar
Pendant des décennies, Madagascar faisait figure d’exception dans le sud-ouest de l’océan Indien, où le chancre asiatique des agrumes est installé de longue date. Cette situation a changé. Après la confirmation d’un premier cas en 2024 à Mahajanga, de nouvelles analyses génétiques menées en 2025 ont établi que la bactérie Xanthomonas citri pv. citri est désormais largement répartie dans la région Boeny. Ces résultats marquent un tournant pour la filière agrumicole nationale, jusque-là relativement protégée de cette maladie, déjà présente dans de grands pays producteurs comme le Brésil, la Chine ou les États-Unis.
Le chancre asiatique des agrumes s’attaque aux feuilles, aux tiges, aux pousses et aux fruits. Il se manifeste par des taches huileuses qui évoluent en lésions épaissies, pouvant aller jusqu’au dessèchement complet des jeunes branches. Chez les variétés sensibles, la maladie peut entraîner une chute prématurée des feuilles et des fruits, réduisant fortement les récoltes. Dans les situations les plus graves, les pertes peuvent atteindre jusqu’à la moitié de la production, mettant en péril les revenus des producteurs. À Madagascar, la présence de la mineuse des agrumes, un insecte qui fragilise les feuilles, aggrave la situation en facilitant l’entrée de la bactérie dans les plantes.
Prévention et la gestion collective de la maladie
La maladie se diffuse à plusieurs niveaux : à l’intérieur d’un même arbre, entre les arbres d’un verger sous l’effet de la pluie et du vent, mais aussi entre régions lors de tempêtes ou de cyclones. Toutefois, le principal facteur de propagation reste l’activité humaine. Le transport et la vente de plants contaminés, notamment via des pépinières, représentent un risque majeur. Un seul plant infecté peut suffire à contaminer toute une exploitation agricole. Des échanges avec des acteurs du secteur laissent craindre que des plants déjà contaminés aient été distribués dans d’autres régions du pays, augmentant le risque d’une diffusion nationale.
En mai 2025, une mission de terrain conduite par un chercheur de l’Université de La Réunion, dans le cadre du projet Epibio II-OI, a permis de cartographier la présence de la bactérie dans la région Boeny. Les équipes ont recensé les arbres infectés, collecté des échantillons pour analyses en laboratoire et formulé des recommandations sanitaires destinées aux producteurs, aux pépiniéristes et aux partenaires locaux. À ce jour, il n’existe aucun traitement capable de guérir le chancre asiatique des agrumes. La lutte repose donc sur la prévention et la gestion collective de la maladie.
Pas de danger pour la santé humaine ou animale
Deux stratégies principales sont envisagées : l’éradication des arbres infectés lorsque la détection est précoce, et la lutte intégrée dans les zones où la maladie est déjà installée, incluant l’utilisation de plants certifiés sains, des variétés plus résistantes et des pratiques agricoles limitant la propagation.
Face à la propagation du chancre asiatique des agrumes dans la région Boeny, les spécialistes appellent à renforcer la surveillance dans les autres bassins de production du pays. La mobilisation des producteurs, des pépiniéristes, des autorités et des partenaires techniques sera déterminante pour limiter l’impact de cette maladie et protéger l’avenir de la filière agrumicole malgache. À retenir : le chancre asiatique des agrumes ne présente aucun danger pour la santé humaine ou animale. La bactérie touche uniquement les plantes. Même si les fruits peuvent être tachés et moins attractifs sur le plan commercial, ils restent propres à la consommation.


