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Economie

Économie de la langue : le français conserve son avantage sur le marché malgache

30/10/2026 17:21 © Moov.Mg

À Madagascar, le français conserve une place privilégiée dans le monde professionnel, alors que sa maîtrise reste minoritaire. Selon l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), environ 26,6 % de la population était francophone en 2025. Le Malagasy, pourtant largement parlé, peine à bénéficier de la même reconnaissance dans l'économie formelle.

Une langue minoritaire, un poids économique majeur

Parler français reste un atout dans la recherche d'emploi à Madagascar. Dans les entreprises, les administrations et les activités tournées vers l'étranger, cette compétence constitue souvent un critère de recrutement. Son poids économique contraste pourtant avec sa diffusion dans la population.

Dans son rapport publié en 2026, l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) estime à 8,705 millions le nombre de francophones à Madagascar en 2025, sur une population de 32,741 millions d'habitants, soit 26,6 %. La Banque mondiale avance, pour sa part, que 23 % de la population en âge de travailler parle français. Ces deux estimations, qui ne reposent pas nécessairement sur les mêmes critères, soulignent néanmoins l'écart entre le statut officiel de la langue et sa pratique.

Le français, un critère de sélection professionnelle

Dans les centres d'appels, les services externalisés et les entreprises travaillant avec une clientèle étrangère, la maîtrise du français répond à un besoin opérationnel. Elle facilite les échanges avec les clients et peut ouvrir l'accès à des postes auxquels les candidats non francophones ont plus difficilement accès. Cette exigence intervient dans un contexte d'insertion professionnelle difficile. Selon Afrobarometer, dans une publication du 16 juin 2025, 42 % des jeunes Malgaches de 18 à 35 ans interrogés déclarent être sans emploi et à la recherche d'un travail. L'enquête relève également des difficultés liées à la formation, à l'expérience professionnelle et à l'adéquation entre les qualifications et les besoins des employeurs.

La Banque mondiale estime, de son côté, que près de 420 000 personnes arrivent chaque année sur le marché du travail. Elle souligne également le poids de l'informalité : 98,9 % des jeunes actifs concernés travaillent dans ce secteur. Dans cette compétition pour l'emploi, la maîtrise du français représente une compétence supplémentaire, particulièrement recherchée dans les activités formelles et les services destinés à l'international. Le secteur de l'externalisation en fait un argument commercial. Dans sa présentation de Madagascar aux investisseurs, Call Center Madagascar met notamment en avant les compétences en français des salariés, les formations supérieures dispensées dans cette langue et le coût de la main-d'œuvre locale.

Le Malagasy, peu valorisé dans l'économie formelle

La situation est différente pour le Malagasy. Langue de communication de la majorité de la population, il ne bénéficie pas d'une reconnaissance équivalente dans les recrutements et les activités économiques. Sa maîtrise constitue rarement un avantage salarial distinctif, contrairement au français ou à l'anglais.

L'ouverture internationale crée, par ailleurs, de nouveaux besoins linguistiques. L'anglais et le chinois sont recherchés dans certaines relations commerciales. À Nosy Be, la fréquentation touristique et la présence de résidents italiens peuvent valoriser la maîtrise de l'italien dans les métiers en contact avec la clientèle. L'arabe, le russe ou le hindi peuvent également répondre à des besoins liés à des marchés spécifiques. La valeur professionnelle d'une langue dépend ainsi des débouchés auxquels elle donne accès.

Un rapport de force jusque dans les usages quotidiens

La place du français dépasse le cadre professionnel. Dans les conversations et sur les réseaux sociaux, les locuteurs alternent régulièrement entre français et malagasy. Cette alternance codique, souvent appelée « vary amin'anana », traduit l'imbrication des deux langues dans les pratiques quotidiennes. Elle ne signifie toutefois pas que les locuteurs maîtrisent parfaitement chacune d'elles. Cette coexistence s'inscrit dans un rapport linguistique inégal. Le français bénéficie d'un prestige associé aux études, aux institutions et à certaines perspectives professionnelles. Le Malagasy reste davantage présent dans les échanges sociaux et familiaux.

Le défi n'est pas de réduire la place du français, de l'anglais ou des autres langues étrangères dans un pays engagé dans les échanges internationaux, mais celui de permettre au Malagasy d'occuper également une place dans la formation, la production de connaissances et les activités économiques. Sa large diffusion dans la société ne suffit pas, à elle seule, à lui conférer une valeur sur le marché du travail.

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