Blé, soja et orge : le potentiel agricole malgache face au défi des importations
Pour l’économiste Hugues Rajaonson, le développement des cultures de contre-saison peut contribuer à réduire la dépendance de Madagascar aux importations, à renforcer les revenus des paysans et à dynamiser les économies régionales. Le blé, le soja et l’orge offrent des débouchés potentiels, à condition de structurer les filières de production et de transformation.
Des filières agricoles freinées dans leur développement
Madagascar continue d’importer de la farine de blé, de l’huile de soja et de l’orge destinée notamment à l’industrie brassicole. Une dépendance que Hugues Rajaonson, économiste, invite à examiner à travers le potentiel des cultures de contre-saison, en particulier dans les régions de Matsiatra Ambony, d’Amoron’i Mania et du Vakinankaratra. La culture du blé dans le Vakinankaratra remonte aux années 1950, lorsque les colons l’ont introduite parmi les cultures possibles en contre-saison. D’après les explications de l’économiste, la crise de 1979-1982 a marqué l’arrêt du projet de minoterie d’Andranomanelatra, près d’Antsirabe. L’établissement a ensuite cessé ses activités dans le contexte des privatisations engagées au début des années 1990.
Quelques paysans continuent aujourd’hui de cultiver du blé pour leur consommation personnelle. Hugues Rajaonson estime qu’une relance de la production, accompagnée d’une remise en activité des capacités de meunerie, pourrait réduire les importations de farine à court et moyen termes. Il souligne toutefois la nécessité d’impliquer les entreprises de collecte et de transformation pour structurer durablement la filière.
Le soja présente un parcours comparable. Le projet MAMISOA, lancé dans les années 1970-1980 pour développer sa culture intensive, n’a duré que quelques années. Dans le Vakinankaratra, des producteurs ont néanmoins poursuivi cette activité. Le soja est notamment consommé localement ou transformé en lait et en beignets. Quelques agriculteurs ont aussi produit de l’huile, avant d’abandonner cette activité, selon des témoignages cités par l’économiste, en raison de problèmes liés au respect des normes de qualité.
L’orge, entre industrie et alimentation animale
L’orge constitue une autre piste de développement. Hugues Rajaonson met en avant ses débouchés dans la fabrication de bière, un secteur qui génère de la valeur ajoutée et des recettes fiscales, notamment par les droits d’accise. Cette céréale est également utilisée dans l’alimentation animale, notamment pour les bovins, les porcs, les volailles et les chevaux. Ces usages diversifiés peuvent élargir les débouchés d’une production locale, sous réserve de répondre aux exigences de qualité, de volume et de prix des acheteurs.
Pour l’économiste, le développement de ces trois cultures ne peut toutefois reposer sur la seule capacité des agriculteurs à produire. La collecte, la transformation et l’accès aux marchés sont déterminants. Sans coordination entre producteurs, entreprises et pouvoirs publics, les initiatives agricoles risquent de rester dispersées.
Réduire la pauvreté et la dépendance extérieure
Hugues Rajaonson défend une approche qui associe développement agricole et agro-industrie. Des filières mieux organisées pourraient offrir des débouchés plus réguliers aux paysans, soutenir leurs revenus et stimuler l’activité économique dans les régions productrices. À l’échelle nationale, la substitution d’une partie des importations par des produits locaux pourrait contribuer à réduire le déficit commercial et, à terme, soutenir la monnaie nationale. Ces effets restent néanmoins tributaires de la compétitivité de la production locale et de sa capacité à satisfaire la demande.
L’économiste interroge ainsi les choix des dirigeants successifs en matière d’indépendance économique et de lutte contre la pauvreté rurale. Pour lui, le blé, le soja et l’orge méritent une place plus importante dans les stratégies agricoles. Le défi consiste désormais à convertir ce potentiel en filières viables, capables de rémunérer les producteurs et de répondre durablement aux besoins du marché national.





